Cairokee ou le phénomène d’une génération Facebook et Révolution

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En ce vendredi 5 janvier, à Alexandrie, la génération Facebook était de sortie à la Bibliotheca Alexandrina. Ils étaient jeunes pour la plupart, et parés de leurs smartphones dernier cri pour rendre compte de l’événement en direct sur la toile sur tous les réseaux sociaux. Phénomène d’une génération qui colle parfaitement à l’image du groupe, devenu  nouvel icône de la musique égyptienne depuis la révolution : Cairokee.

Le grand théâtre de la Bibliothèque était rempli, et les gardes du corps de sortie pour l’occasion, tout comme les plus belles toilettes des jeunes visiteurs qui nous laissaient penser que l’évènement était de taille. En effet, ce n’est pas tous les jours que la deuxième ville du pays accueille le groupe cairote qui chante la révolution. Le nom du groupe est d’ailleurs un jeu de mots entre « Cairo », la célèbre capitale égyptienne et « karaoké », pour exprimer la connexion entre la musique du groupe et sa ville.

 Certains leur reprocheront leur manque de professionnalisme, car il est vrai, leur jeu de scène n’est pas encore très affiné ; le groupe s’est formé en 2003 mais a connu un succès exponentiel ces deux dernières années. Le groupe a commencé avec Amir Eid (voix&guitare) et Sherif Hawary (guitare), qui jouaient ensemble pour le plaisir, et les autres membres se sont joins à eux par la suite : Tamer Hashem (baterie), Adam El Alfy (Basse) et Sherif Mostafa (clavier).

Ils arrivent maintenant à remplir des salles de centaines de personnes, avec des entrées à 50 livres égyptiennes, somme onéreuse alors qu’il demeure rare à Alexandrie que les gens paient pour aller voir un concert. « Il n’y a qu’en Egypte qu’on peut voir un groupe amateur remplir des salles » me dira un ami égyptien pour exprimer ce paradoxe.

Mais le message parle à la jeune génération, celle de la révolution, qui se rappellera peut-être ce moment phare de l’histoire de son pays dans vingt ans, en écoutant Cairokee.

Leurs chansons mettent en mots la société égyptienne contemporaine et s’adressent aux jeunes du monde entier, en quête de liberté et de dignité. Les artistes de talents qui composent avec ce groupe lui donnent toute sa dimension.

http://www.youtube.com/watch?v=ZpUpA3bY_bU

Ainsi, la chanson Ya El Midan chantée en featuring avec la chanteuse Aida El Ayouby est comme un hommage à la place Tahrir, et tout le symbole qu’elle représente, les espoirs qu’elle incarne, ceux qui sont depuis perdus et ceux qui perdurent encore. Ces mots nous font écho aujourd’hui, au regard des évènements récents.

Une autre chanson, Ethbat Makanak, en duo avec le brillant Zap Tharwat, parle aux jeunes (et au nom des jeunes) qui font la révolution pour les encourager à suivre leur conscience et à exprimer leurs idées, malgré l’oppression et la répression. La prestation du rappeur nous transporte, et la chanson prend une nouvelle dimension lorsqu’on en comprend le sens. Je vous en laisse le plaisir…

http://www.youtube.com/watch?v=WX6pg4zRQRw

Quand le passé et le présent se croisent, les mots résonnent encore plus fort…

Le pari est ainsi gagné puisqu’au prix de quelques efforts (entre les téléphones des voisins et les lumières de la salle), nous nous laissons aller aux rythmes des mélodies rocks, teintés de tonalités orientales en suivant les élans de la foule en délire. Le public se lève et même les plus fervents geeks lâchent leur téléphone pour esquisser quelques pas de danse, et exprimer leurs encouragements aux artistes. Notre seule regret à ce moment là, être coincé au milieux des fauteuils du théâtre, et ne pas pouvoir danser !

Après quelques semaines de stand-by culturel, ce fut un beau plongeon dans la jeune Egypte en fête !

Pascaline

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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