MedNet : un réseau pour l’inclusion des jeunes en Méditerranée

Du 22 au 24 septembre 2014 la ville italienne de  Pise a abrité une rencontre euro-méditerranéenne sur le thème de l’insertion des jeunes en Méditerranée.  Des jeunes de la plupart des pays de la région étaient présents : Maroc, Tunisie, France, Liban, Palestine, Italie, Egypte… Ils ont travaillé ensemble pendant deux jours sur cette problématique pour échanger leurs expériences et proposer des recommandations aux élus locaux et organisations à l’initiative du projet (Oxfam Italia, Giovani si, la région de Toscane). J’ai eu la chance d’être parmi eux, plongée au cœur d’un tourbillon interculturel où débats, curiosité, engagements et échanges étaient les maîtres mots.

Partir de Marseille, faire escale à Barcelone, puis à Rome pour se rendre à Pise (Italie) puis rentrer par Londres; il y avait sans doute un chemin plus rapide pour assister à la rencontre MedNet. Mais Air France en avait décidé autrement, et ce fut un véritable tour des mégapoles européennes qui nous attendait pour arriver coûte que coûte à Pise malgré la grève des pilotes. Heureusement pour nous, de nouveaux compagnons de route nous attendaient à Rome et c’est une coalition franco-germano-marocaine qui prit l’interminable route qui reliait la capitale italienne à la ville de la tour penchée.

Parler de coopération méditerranéenne soulève de vraies questions, au-delà d’un idéal romantique où cette mare nostrum serait notre mère à tous. Comment une mère peut-elle être aussi injuste avec certains de ses enfants ? Comment peut-elle les considérer différemment ?

Si l’on veut parler de relations euro-méditerranéennes qui soient justes et égalitaires, je crois que l’on doit parler d’abord des inégalités qui prévalent encore aujourd’hui, entre tous ces enfants de la Méditerranée. Ainsi, en introduction de la rencontre MedNet, Maher Bouzzi, maire de Kasserine (Tunisie), l’un des bastions de la révolution tunisienne, nous exhorte à combattre ces problèmes, affectant les relations en Méditerranée. C’est aussi lui, qui, à la fin de la rencontre, à brandi son passeport tunisien vers un élu italien, en expliquant que tous deux n’avaient pas le même, et que ce passeport faisait toute la différence. Je crois que l’on aurait dû commencer la conférence par là, car les choses méritent d’être dites si l’on veut avancer.

Parler de la question des visas, très difficiles à obtenir pour les habitants de la rive sud, s’ils veulent se rendre en Europe, alors que nous, Européens, pouvons partir dans leurs régions sans difficultés.

Parler aussi des milliers de morts en Méditerranée chaque année, pour avoir tenté d’atteindre cet eldorado européen en se brûlant les ailes.

Parler du colonialisme et des relations passées entre les deux rives, basées sur les inégalités et l’exploitation, qui affectent, encore aujourd’hui les visions des uns et des autres. Ces relations sont toutefois en train de changer, notamment avec le départ de certaines classes dirigeantes au Sud qui étaient parties prenantes, lors de la « révolution de jasmin ».

Parler de la question israélo-palestinienne, avec une violente offensive de l’armée israélienne sur Gaza encore très présente dans les esprits.

Cette question a cristallisé les débats et nous a amenés à une prise de conscience, car les différents participant à cette rencontre  ne vivent pas les mêmes réalités. Certains vivent dans des pays en paix, alors que les jeunes Palestiniens sont confrontés à l’occupation. Ils la vivent tous les jours, lorsqu’ils vont à l’école, au marché, dans la rue…

« Comment vous faire comprendre avec des mots ce que l’on vit ? Vous ne pouvez pas comprendre. » dira une jeune palestinienne à un élu italien qui tentait d’aborder la question de l’intégration de participants israéliens dans le réseau MedNet qui s’est dessinée lors des rencontres.

Penser la Méditerranée au-delà du prisme Nord-Sud, et au-delà de relations inégalitaires et injustes, qui ont perduré et, qui perdurent encore, n’est donc pas chose aisée. La coopération euro-méditerranéenne n’est pas de tout repos, elle ne peut pas être toute rose non plus, teinté d’une vision orientaliste à l’encontre des pays arabes comme l’a expliqué Gianluca Solera de l’ONG COSPE. Il nous a incités à apprendre les uns des autres sur la citoyenneté, pour arriver à une citoyenneté méditerranéenne, à s’approprier l’espace public et les médias, en créant des alternatives aux « institutions » en place comme la chaîne controversée Al Jazira, à créer nos propres emplois, à développer notre propre idée de ce qu’est le développement.
Cette rencontre fut porteuse d’espoir et d’énergie pour ses participants qui étaient là avec la volonté de changer les choses, tous déjà engagés dans cette dynamique de changement dans leurs pays respectifs de par leurs activités. Dans différents groupes de travail, nous avons comparé les problématiques de nos pays respectifs et expliqué les solutions expérimentées dans ces pays, et comment elles fonctionnaient ou non. Cela a créé beaucoup d’émulation, une incroyable énergie et des espoirs communs.

Quelques participants du meeting venus d'Egypte, du Maroc, de Palestine... Crédit photo : Pascaline

Quelques participants du meeting venus d’Egypte, du Maroc, de Palestine et de France.. Crédit photo : Pascaline

Nous avons aussi beaucoup échangé, en OFF, sur nos cultures respectives, notre vision du monde, nos religions, nos modes de vie… De nombreuses questions furent posées aux uns et aux autres, beaucoup de curiosité, face aux différences, des incompréhensions, des malentendus, mais aussi une surprise d’apercevoir des points communs entre toutes ces identités méditerranéennes qui se croisent et s’influencent depuis des milliers d’années.
Ainsi, pour clôturer la rencontre, Vera Baboun, maire de Bethléem, une ville hautement symbolique en matière de coexistence interreligieuse, aura un discours qui résume joliment ces deux jours que nous avons passés tous ensemble :

« Pour la première fois, j’ai vraiment sentie le pouvoir de la Fraternité en Méditerranée. Cette fraternité doit être prolongée, pour créer des destins de vie plutôt que des destins de mort. Vous êtes assez créatifs pour créer un changement, pour être le changement que vous voulez voir ».

Vera Baboun, maire de Bethléem, Palestine. Crédit photo : Pascaline

Vera Baboun, maire de Bethléem, Palestine. Crédit photo : Pascaline

 

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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