Aïcha : deuxième épouse du prophète Muhammad

Je m’en vais vous parler de l’histoire de celle que l’on appelle la mère des croyants : Aïcha bint Abi Bakr, deuxième épouse du prophète Muhammad. Troisième volet de la trilogie de Marek Halter après Khadija et Fatima, le roman Aïcha nous éclaire sur la vie de celle qui fut la plume du prophète. Un destin de femme émouvant qui nous transporte au-delà de nos idées reçues et dans les tourments de son cœur.

La mémoire de l’islam

Le roman commence à la première personne, comme pour signifier au lecteur qu’il sera irrémédiablement embarqué bien au-delà de sa lecture, dans la vie de celle dont le destin plane encore sur le monde musulman.

« Moi qui suis devenue l’épouse de Son Messager quand je jouais encore avec mes poupées en chiffon, j’ai vu la parole du Coran naitre sur les lèvres de mon bien-aimé comme un nourrisson fragile avant de se répandre aux quatre horizons. »

Lorsque j’ai entamé la lecture du livre d’Aïcha, je l’ai fait avec une teinte de scepticisme, car j’étais encore marquée par l’emprunte de « Khadija », que je vous ai évoqué ici et de « Fatima », sa fille, qui fut élevée comme un garçon. Mais dès la lecture de ces premières lignes, j’ai lu le roman d’une seule traite, le temps d’un aller-retour en train.

Aïcha a eu un rôle essentiel dans la vie du prophète mais aussi de tous les musulmans. Cette belle rouquine fût d’abord la fille de l’ami le plus cher du prophète, Abu Bakr, également le premier calife de l’islam, avant de devenir l’épouse de Muhammad alors qu’elle n’était pas encore pubère. Durant ses premières années de mariage, elle fit preuve d’une capacité de mémorisation incroyable. Lorsque Muhammad eu la révélation, Aicha était le plus souvent à ses côtés afin de mémoriser les versets du Coran qu’il récitait. On dit d’elle qu’elle était la mémoire de l’islam ; comme nous explique Marek Halter, «la plupart des hadiths, des règles concernant le prophète auxquels tout musulman se réfère, c’est elle qui les a écrites ». Dans son roman, il explique le rôle important qu’elle a joué en toute conscience :

« Aujourd’hui encore, je ne suis que l’œuvre de Muhammad le Messager. De cela, je sais que Dieu le Miséricordieux est satisfait. Il a voulu que ma mémoire soit incomparable afin de la mettre au service de Sa volonté et de Son Envoyé. En temps de paix comme en temps de guerre, Muhammad, mon époux très aimé, y a puisé les mots et les enseignements qu’il y avait déposés comme dans un coffre précieux. »

Epouse bien-aimée du prophète

Mais au-delà de la vivacité intellectuelle d’Aïcha, j’ai été touchée, en lisant son histoire, par la sincérité de son cœur et de ses paroles qui ont guidées sa vie de femme. En effet, l’auteur dresse le portrait d’une femme éperdument amoureuse de son époux, Muhammad, et extrêmement fière de la place spéciale qu’elle occupe dans son cœur. Ainsi, on dit qu’elle était la femme préférée du prophète. Ce sont aussi ses tiraillements intérieurs, ses jalousies, ses doutes… qui en font un personnage attachant. En lisant ses mots, on s’identifie facilement à elle, car ses questionnements sont aussi ceux de milliers de femmes à travers le monde, aujourd’hui encore. Quelle est notre place dans la société, dans notre famille et dans notre propre maison ? Comment faire passer nos idées, défendre nos valeurs dans un contexte où les puissants sont majoritairement des hommes ? Comment bâtir solidement notre couple, faire des compromis tout en gardant notre identité ? Comment être reconnues à notre juste valeur ?

Ainsi, lorsqu’Aïcha est accusée d’infidélité, on comprend sa douleur alors qu’elle est prête à se laisser mourir si son mari doute d’elle. Plus tard, Muhammad recevra une révélation dans laquelle Aicha sera innocentée, mais le mal causé par le doute ne pourra être réparé. Son cœur est aussi mis à l’épreuve chaque fois que le prophète prend une nouvelle épouse, lors d’une bataille victorieuse afin de concrétiser une alliance. La jalousie la ronge et altère sa joie de vivre, alors qu’elle reste digne grâce à sa foi indéfectible et à cette place unique que Muhammad lui a fait, dans son cœur comme dans sa vie. Elle finira, en dépit de cette jalousie, par nouer une relation fraternelle avec Hafsa, l’une de ses coépouses (fille d’Omar, un autre compagnon du prophète) qui deviendra son alliée dans la maison, face aux multiples rivalités qui s’installent.

La relation d’Aïcha avec Fatima, la plus jeune fille du prophète, dont l’âge est proche du sien, sera également tumultueuse. Alors que l’une veut garder son père auprès d’elle, le protéger et apprendre auprès de lui l’art de manier les armes, l’autre veut chérir son époux et passer le maximum de temps à ses côtés tandis que ses compagnons et les affaires de la cité l’accaparent. Pourtant, vers la fin de la vie de Muhammad, ces tensions s’apaiseront et chacune des deux femmes trouvera une place auprès de lui : Fatima lui donnera une descendance alors qu’Aïcha ne peut avoir d’enfants. Son épouse bien aimée le soutiendra et le conseillera dans ses choix et dans la gestion de la communauté.

Il faut bien comprendre que, par les alliances qu’elles suscitaient, mais aussi leurs personnalités et leurs qualités, chacune des épouses eu un rôle à jouer dans la vie de la communauté des croyants, en perpétuelle construction. Cette place se fera en complémentarité avec celle des hommes, notamment les compagnons du prophète.

Mère des croyants

Après la mort du prophète, Aicha s’opposera pourtant à la succession d‘Ali (mari de Fatima et cousin de Muhammad) pour le califat. Elle finira par prendre les armes contre lui au cours de la bataille du Chameau où elle sera vaincue, faite prisonnière puis ramenée à Médine, où il lui sera permis de finir paisiblement sa vie (Source : Univeralis). Certains voient ici les prémices de la Fitna (la discorde) qui aura lieu après la mort du prophète, et aboutira à la division entre chiites et sunnites. Mais ceci est encore une autre histoire…

Miniature représentant la bataille du chameau. Crédit image : 15minutehistory.org

Alors, après avoir refermé les dernières pages du roman « Aïcha », je comprends le rôle essentiel qu’elle a joué auprès du prophète mais également auprès de la communauté des musulmans (umma) toute entière. L’auteur, Marek Halter, met un point d’honneur à « réhabiliter » la place d’Aïcha dans l’Histoire qui a eu tendance à être oubliée. Loin des clichés de femmes musulmanes soumises qui perdurent aujourd’hui, les premières femmes de l’islam jouèrent un rôle essentiel dans une société mecquoise où les traditions patriarcales et le rôle des « clans » prédominaient.

Je n’ai désormais qu’une envie, continuer d’apprendre sur toutes ces femmes ayant jouées un rôle central mais qui, à travers les âges, ont été écartés de la vie active des trois grandes religions monothéistes (le judaïsme, le christianisme et l’islam).

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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