Mes podcasts de l’été : quand fitness et intellect font bon ménage

C’est la rentrée et vous avez le moral dans les chaussettes ? J’ai la solution pour vous : une sélection de mes meilleurs podcasts de l’été. Ils feront de vos trajets sur le chemin du boulot (ou de l’école) des aventures palpitantes à la découverte de personnages hauts en couleur. De mon côté, c’est à la salle de sport que je plonge dans cet océan de savoir et d’histoires infinies…

Je me suis inscrite récemment à la salle de sport et je n’aime pas ça. Le culte du corps et de la performance, ce n’est pas trop mon truc. Mais à Paris, il est difficile de trouver de jolis coins près de chez soi pour aller courir, comme la corniche à Dakar ou le parc de font-obscure à Marseille qui furent les théâtres de mes plus brèves grandes performances sportives. Alors, pour rendre ces moments un peu moins pénibles et prendre soin de ma santé tout en me cultivant, j’écoute des podcasts sur mon vélo elliptique. Pour que vous aussi, vous ayez l’opportunité de découvrir des sujets passionnants dans la cuisine, dans le métro, à pied ou à vélo, j’ai décidé de partager ici ma sélection de podcasts préférés de l’été. Ils brossent le portrait de personnages sans concessions et politiquement incorrects, dans une sélection totalement subjective et orientée idéologiquement.

Ma fille sous influence – saison 2 : « De l’autre côté du miroir »

Montrer une facette humaine, parfois dure mais toujours juste de jeunes femmes qui ont été inculpées pour terrorismes sous l’influence de la propagande de l’Etat Islamique qu’elles racontent, tel est le pari risqué mais réussi d’Edith Bouvier et Céline Martelet dans la deuxième saison du podcast « Ma fille sous influence » sur France Culture. Un énième sujet sur les femmes djihadistes vous direz-vous, combinant clichés islamophobes, sexistes et polémistes pour vendre et effrayer l’opinion publique ? Perdu ! L’excellente série de 4 épisodes est loin d’être cela. Elle dresse plutôt des portraits sans demi-teinte, de ces jeunes femmes parfois touchantes, parfois cruelles, mais toutes entières, qui partagent avec les auditeurs leur parcours de djihadistes en repentir. C’est la question du pardon et de la rédemption qui traverse cette série de témoignages. Quelle place, quelle chance laisse-t-on à des femmes qui ont été condamnées pour l’un des plus hauts crimes dans l’échelle des juridictions françaises : le terrorisme ? Les histoires de ces jeunes femmes m’ont interrogée sur ma perception du bien et du mal, du juste et de l’injuste, sans jamais pouvoir trancher. Elles m’ont rappelée mes cours de sociologie sur le parcours de Khaled Kelkal, que le journal Le monde surnomme le « premier djihadiste made in France ».

Ces histoires m’ont rappelée que nous ne devons cesser d’interroger les destins individuels, qu’ils soient heureux ou macabres, pour comprendre notre Histoire commune.  Elles posent la question de l’inné et de l’acquis dans les parcours de vie. Envisager que l’on ne naît pas terroriste mais qu’on le devient est le choix le plus difficile, car cette perspective renvoie aux responsabilités collectives qui peuvent faire basculer des vies : celles de l’école, des parents, des réseaux sociaux, des mauvaises fréquentations… Plus globalement, cela nous renvoie aux questions des perspectives de vie offertes à ces jeunes femmes, à l’égalité des chances, à l’espoir, à la croyance ou non croyance, à la foi.

Spla$h: « Pourquoi Marseille s’effondre-t-il ? » 

Dans cet édition estivale de Spla$h, Étienne Tabbagh, marseillais d’adoption, part de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018 et déroule le fil de l’histoire de Marseille, de son port et de ses quartiers populaires. Il pose un regard pédagogique sur le phénomène de gentrification de la ville, souhaité par la mairie depuis deux décennies mais qui n’a jamais complètement réussi son pari d’attirer les riches au centre-ville. On y entend battre le cœur du Marseille populaire, à travers les voix des habitants de la rue d’Aubagne, propriétaires véreux, acteurs associatifs, politiques, urbanistes ou encore sociologues qui posent leurs analyses et nous éclairent sur la dégradation progressive de ces quartiers et de leurs immeubles aux murs fissurés et aux façades parfois vacillantes. Le Marseille que j’aime, celui du marché de Noailles, de La Rose de Tunis et du Kaloum, est dépeint ici à travers l’histoire du mal-logement et des spéculations immobilières orchestrées politiquement au dépend de ceux (commerçants ou habitants) qui font ces quartiers de la ville, son âme et qui la rende si passionnante.

Miroir miroir : « Grossesse, l’anti-mode d’emploi » & Un podcast à soi : « l’horloge biologique on t’a pas sonné ! »

La pression sur les femmes en âge de procréer est grande. La pression sur les femmes enceintes est grande. La pression…sur les femmes est grande. Du désir ou non-désir d’enfant à sa concrétisation, ces deux podcasts posent, chacun à leur manière, les questionnements et la pression sociale auxquelles sont confrontées les femmes face à la maternité. Qu’est-ce que les femmes qui ne veulent pas d’enfant ressentent face à cette injonction sociale ? Et celles qui ne peuvent pas en avoir ? Quant à celles qui sont enceintes, quelles pressions vivent-elle de la part de leur entourage, des passants, du boulanger ? Ce sont toutes ces questions que ces deux podcasts abordent en nous ouvrant l’esprit sur les différents possibles en tant que femmes et sur la manière d’habiter son corps.

Dans « Miroir miroir », Jennifer Padjemi pose un regard bienveillant sur nos corps, aussi divers soient-ils et l’image qu’on nous en renvoie chaque jour. Elle nous invite à poser nos propres limites face aux injonctions collectives et à réfléchir à nos identités au-delà du regard des autres et des avis inquisiteurs, particulièrement nombreux sur les questions de maternité.

Dans « Un podcast à soi », Charlotte Bienaimé déconstruit les questions de genre et raconte le vécu de femmes sans enfants et ce que cela raconte en termes de rôles sociaux, de transmission, de désir ou de frustration. Elle nous conduit à revoir nos propres schémas de pensés, modelés par une prédominance patriarcale millénaire.

Les pieds sur terre : L’imam gay

C’est l’histoire incroyable de Ludovic Mohamed Zahed, le premier imam homosexuel de France. C’est l’histoire de son acceptation progressive par lui-même puis par ses proches. Cette histoire nous est racontée avec finesse par Sonia Kronlund dans l’émission « Les pieds sur terre » de France Culture.

A travers le parcours du jeune homme, ce podcast nous fait voyager des portes du salafisme en Algérie à son projet de fonder une famille et ouvrir une mosquée inclusive en Afrique du Sud avec son mari, en passant par son coming-out d’adolescent en France. Ludovic a réussi le pari quasi-impossible de concilier son homosexualité avec sa religion, l’islam, et de gagner le soutien de ses parents dans ses choix et projets de vie, par son humanité et sa résilience. J’ai été touchée par cette famille, celle de Ludovic qui explique l’acceptation de sa différence, dans toute sa douleur et grâce à sa foi en l’islam.

Im/patiente 

Ce dernier podcast est mon ultime favori. Il m’a incroyablement touchée, questionnée, remise en question, bouleversée mais il m’a aussi ouverte à de nouvelles perspectives de pensées. Je l’ai pourtant découvert de la pire des manières, à l’annonce du décès de son héroïne – le mot est faible, vous le comprendrez en l’écoutant, Maëlle Sigonneau, sur les réseaux sociaux et dans cet article de Télérama qui lui rend un bel hommage. Elle s’est battue pendant trois ans contre un cancer du sein incurable : ceux que l’on ne veut pas voir, car ils nous renvoient à nos pires angoisses. Ce podcast me fait penser à l’image du citron amer qui est donnée au dans le premier épisode de la série « This is us » :

« Parfois , […] la vie se résume à prendre les citrons les plus amers et à en faire quelque chose qui ressemble à de la limonade. »

C’est un peu ce qu’à fait Maëlle en se lançant dans l’incroyable aventure du podcast Im/patiente. Ce cheminement et la rencontre avec Mounia El Kotni, anthropologue et co-créatrice du podcast, sont racontés dans le premier épisode. Toutes deux questionnent, au fil des épisodes, dans une complicité touchante, les sujets que soulève le cancer du sein dans notre société : le rapport au corps, la féminité, les relations amoureuses, la relation soignant-soigné, les violences oncologiques, l’annonce de la maladie, la difficile prise en compte de l’humain dans le milieu médical…

Ces deux femmes incroyables nous emportent avec elles dans leurs remises en question de la féminité, de la bien-portance à la bien-pensance, dans un tourbillon de fraîcheur et de bonne humeur contagieuse. Mon seul regret, terriblement égoïste, est qu’il n’y ait que 3 épisodes, dont le message gravé au fond de moi, de nous tous, restera quoi qu’il advienne.

Bonne écoute !

 

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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