Musique : la douceur des Suds à la fiesta 2014

Du 15 au 18 octobre à Marseille avait lieu la 23e édition d’un festival de musiques du monde devenu une véritable institution à Marseille et dans la région. La « Fiesta des Suds » représente un peu le métissage des cultures des Suds que l’on croise dans notre ville. Mais au-delà d’une image idéaliste d’une « cospomolitanie » fantasmée, elle représente surtout des cultures qui se croisent, des histoires, des musiques impossibles à classifier, à étiqueter, à cloisonner.

Crédit photo : Pascaline

Crédit photo : Anaïs Chiaruzzi

Trois  soirées de concerts, trois groupes d’amis différents, un rendez-vous annuel des musiques du monde dans notre ville-monde. Beaucoup de Marseillais ne le ratent pas, car il y en a peu finalement, d’évènements musicaux de cette envergure et de cette qualité, dans notre deuxième ville de France, car « tout se passe à la capitale » bien souvent.

Les allées des Docks des Suds étaient bondées, les trois soirs de suite, si bien que l’on avait du mal à déambuler d’une scène à l’autre, comme à une époque pas si lointaine où l’ambiance était peut-être plus familiale dans un festival qui n’avait pas encore prie l’ampleur d’aujourd’hui.

30ans de oaï à Massilia

Je commence à parler comme une « grande » en disant que c’était mieux avant, à mon époque ! L’époque où j’arrivais à Marseille, et où je découvrais quelques incontournables de la ville dont font partie la Fiesta des Suds et le groupe Massilia Sound System. Cette année, les deux étaient réunies, puisque Massilia se produisait le premier soir des festivités.

Les « vieux raggamuffins » à l’accent chantant fêtaient cette année leur 30 ans de oaï pour faire chanter les Marseillais. Mais leur musique n’a pas pris une ride, et leurs paroles décalées et décapantes sont aujourd’hui plus que jamais d’actualité pour refléter l’esprit de notre ville à la porte de l’Afrique. Cette ville qui m’a transformée et modelée, un peu à son image, depuis que je l’habite, hétéroclite et chaotique, avec tous les conflits internes que cela provoque. Au-delà des clichés un peu fantasmés de « cosmopolitanie », Marseille c’est un peu la tour de Babel : où toutes les communautés se rencontrent mais ne se comprennent pas toujours. Massilia ne cesse de le répéter, il nous faut à tous, plus de moments pour être ensemble et faire la fête, comme ce jeudi soir à la Fiesta.

« Les Marseillais de toutes les communautés ont besoin d’espace pour se rencontrer.» Au marché du soleil.

De l’électro mais pas de métro

Marseille est à l’image de ce festival, construite sur des cultures plurielles, qui, lorsqu’elles se mélangent, nous offrent un esthétisme incroyable.

Ainsi, jeudi soir, lorsque l’électro-tango des Argentins de Gotan project à rencontré la gouaille et le charme de Catherine Ringer (des Rita Mitzouko), le moment était magique. On se serait cru transporté dans un film d’Almodovar, avec une héroïne sensuelle et insoumise en proie aux difficultés de la vie, qui ne cesse de se relever pour s’adapter et s’affirmer un peu plus chaque jour.

Crédit photo : Pascaline

Crédit photo : Anaïs Chiaruzzi

Ce sera mon coup de cœur de cette année, pour m’avoir fait découvert des artistes et un style musical que je méconnaissais, mettant en valeur toute la magie de la culture latine et du tango argentin, sublimée par une touche d’électro et un soupçon de « french touch » distillé ça et là.

Le lendemain, le charme et la voix de Selah Sue nous ont fait patienter avant de découvrir les artistes du label indépendant Chinese man records. Il y a eu d’abord Deluxe, le petit groupe aixois devenu grand, qui nous à offert un show à l’américaine, me faisant regretter d’avoir manqué leurs premiers concerts intimistes dans les petites salles de la région pour pouvoir comparer. Loin de moi l’idée de jouer la spécialiste, mais j’avais tellement entendue parler de ce petit groupe en vogue, que j’ai forcement été un peu déçue. Peut-être parce que la chanson la plus connue « Pony » est assez différente des autres titres, et un peu plus sobre. Surtout parce que leur musique mérite plus qu’un concert pour que l’on puisse se faire un avis dessus. Je vais donc me donner le temps de les découvrir, et vous inciter à en faire autant…

Puis, il y a eu le tourbillon dans lequel nous ont emportés les DJ marseillais de Chinese man, même après une longue semaine de travail et une marche dans les rues de Marseille faute de métros, bus ou tramway. Événement typiquement marseillais qui a fait plonger la ville dans une ambiance inédite. Malgré cet incident, les allées des Docks des Suds étaient aussi bondées que la veille et la soirée était à la hauteur de la galère pour y parvenir.

 

La folie du rétro

Enfin, le dernier jour du festival aura été l’occasion pour moi de redécouvrir la chanteuse Irma, qui à gagné en popularité depuis que j’assistais à son premier concert dans une petite salle au beau milieu de la citée des 4000 à la Courneuve, avec des fans de la première heure. A l’époque, elle nous avait bluffés tant par sa simplicité et la profondeur de ses textes que par sa présence sur scène. Depuis, la jeune auteur-compositeur à fait ses preuves et elle à sorti un nouvel album, « Faces », avec des influences folk, électro et funk. Depuis, elle a remplacé son vieux bonnet par une tenue aux allures de Mickael Jackson. Mais le talent d’Irma est incontestablement la scène, et ce n’est qu’en live que ses nouveaux titres prennent une autre dimension, et que l’on redécouvre l’artiste des débuts, moins formatée, plus sincère et toujours incroyablement positive et touchante.

La fatigue aura eu raison de moi, et après quelques notes du groupe de ma jeunesse De la soul, et une grosse déception, je suis finalement rentrée chez moi. A l’heure où le « rétro » est la tendance, il est bon de se retourner vers le passé avec nostalgie, mais il est parfois encore meilleur de découvrir les influences des 80s -90s dans la musique actuelle.

 

Merci à Anaïs Chiaruzzi pour les belles photos.

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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