Rwanda, 20 ans après je me souviens

Quelle est la première fois où vous avez entendu parler du génocide rwandais ? Je vous pose la question, tout comme le rappeur Gaël Faye, ce samedi 22 novembre en introduction de la soirée de commémoration des 20 ans du génocide rwandais  au Dar Lamifa à Marseille.

Pour ma part, je crois que j’étais petite, j’avais une copine rwandaise avec qui je faisais de la gym. Pourquoi elle était arrivée en France avec sa famille, je l’ai compris bien plus tard.

Plus tard, il y a eu Corneille, le chanteur rescapé du génocide qui a médiatisé la question.

Plus tard, j’ai vu le film « Hôtel Rwanda », qui présente une version de l’histoire à travers la biographie (controversée) de Paul Rusesabagina.

Plus tard, j’ai compris que le génocide rwandais avait coûté la vie à près d’un million de personnes… parce qu’ils étaient Tutsis. J’ai compris qu’il s’agissait de « l’élimination planifiée de tout une partie de la population, dans un contexte de gestion racialisée de la société rwandaise depuis la colonisation » (Sources : RFI).

J’ai alors compris que les gouvernements français et belge de l’époque avaient été mis en cause pour avoir « contribué à l’émergence d’une idéologie génocidaire », ainsi que toute la communauté internationale « pour n’avoir pas reconnu qu’un génocide était en cours, puis pour n’y avoir pas mis fin ». Enfin, les Nations unies avaient été rendues coupables par leur inaction et leur abandon du peuple rwandais.

« L’ONU avait retiré l’essentiel de ses deux mille cinq cents soldats déployés au Rwanda à la mi-avril 1994, au plus fort des massacres commencés le 7 avril » (Sources : Le Monde).

Mais ça, c’était bien plus tard, bien trop tard. Et pour vous dire la vérité, je suis encore loin de connaitre toute l’histoire…

Car en 1994, je vivais en France, j’avais 7 ans, et l’information m’est parvenue par la télévision, « entre le fromage et le dessert » comme le dit Gaël Faye en même temps qu’une myriade d’autres évènements dont nous étions les spectateurs passifs. En 1994, Nelson Mandela a été élu président de l’Afrique du Sud, il y a eu les JO de Lillehammer, le suicide de Kurt Cobain, le premier accord israélo-palestinien

Et de toutes ces infos qui nous parviennent à longueur de journée, notre cerveau fait le tri, entre celles qui nous touchent de près et les autres. Et tant que nous ne connaissons pas quelqu’un concerné par la catastrophe, elles restent des faits divers froids et sans grande conséquence dans notre petite vie. Parce que nous vivons dans un pays en paix.

Samedi, avec cette soirée de commémoration, Gaël Faye et ses invités sont venus nous faire une piqûre de rappel sur les évènements survenus au Rwanda 20 ans plus tôt : pour que l’on n’oublie jamais, et pour que notre conscience reste alerte face à ces crimes, et que l’on ne laisse pas le monde perpétrer à nouveau de telles atrocités. Il en est de la responsabilité de notre humanité. Car quand un homme est touché, c’est toute notre humanité qui l’est aussi. Tel était le sens de la soirée d’hier et le message que les artistes nous ont fait passer.

Gaël Faye, Edgar Sekloka et Samuel Kamanzi, des « bordels  chromosomiques », comme ils se dépeignent, qui ont chanté leur Rwanda, leur(s) Afrique(s) et leurs dilemmes identitaires avec sincérité et sans artifices :

« Je suis franco-rwandais, et une partie de moi-même à tué l’autre sans me le demander. Le Rwanda et la France m’ont tout donné, je veux être en paix avec moi-même» Gaël Faye feat Jali – Hope Anthem

Des « hommes debout » venus donner de leur temps et de leur énergie positive pour éveiller nos consciences, pour que la petite fille que j’étais mette des mots sur les images qu’elle voyait à la télé à l’époque et devienne aussi une fanm doubout. Des mots pour que nous restions vivants…

Alors en rentrant hier soir, avec les rythmiques de Milk Coffee & Sugar dans la tête, j’ai pensé à la Centrafrique, à la Palestine, à la Syrie… et je suis restée éveillée. Puissions-nous le rester toujours.

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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