Sephora, l’épouse de Moïse

Certaines femmes ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire du monothéisme, mais on ne sait presque rien d’elles. Il en est ainsi pour Sephora (Tsippora), l’héroïne du deuxième volet de la trilogie « La Bible au féminin ». Elle était la femme du prophète Moïse, elle était noire, elle était belle. Elle l’a poussé à aller libérer son peuple du joug du Pharaon et le guider vers Canaan, le pays « de lait et de miel ». 

« Je suis noire et belle, fille de Jérusalem. Comme les tentes de Quédar, comme les tentures de Salomon. Ne me voyez pas si noire, celui qui m’a basané c’est le soleil.» Le Cantique des cantiques. 1, 5-6

En commençant son livre par ce verset controversé du Cantiques des cantiques, l’auteur de « Tsippora »,  entend rétablir la véritable histoire de Sephora. Représentée comme une femme blanche à la Chapelle Sixtine, elle était pourtant une fille du pays de Kouche, que l’on situe vers le Soudan et la Nubie (sud de l’Egypte) et elle avait la peau d’ébène.

La jeunesse de Moïse (détail : Les filles de Jéthro), fresque de la chapelle Sixtine, réalisée par Sandro Botticelli (1481-82). Wikipédia.

Il est important de préciser cela, tant sa couleur de peau a joué un rôle dans l’accomplissement de son destin de femme. Recueillie par Jethro alors qu’elle n’était qu’une enfant, Sephora deviendra sa fille préférée. Pourtant, seul Moïse, l’étranger, verra sa véritable beauté, lors de sa fuite au pays de Madiân pour échapper aux hommes de Pharaon.

Cet homme aux allures de princes intrigue dans le pays de Jethro, qui le prend en affection et l’accepte comme gendre. Pourtant, alors qu’ils mènent une vie paisible dans la cour de Jethro, et qu’elle a déjà eu deux enfants de lui, Gershom et Eliezer, Sephora refuse de l’épouser avant qu’il ne prenne le chemin de l’Egypte. Elle est la première à croire que lui seul peut aller délivrer les Hébreux, réduits en esclavage par  Pharaon et qu’ainsi est la volonté de Dieu.

« Je sais qui tu es ! Je t’ai vu en rêve avant même de te rencontrer. Je sais qui tu es et qui tu peux devenir. Le temps qui t’attend n’est pas dans les pâturages de Madiân. »

Hatchepsout, celle qui a recueilli Moise au milieu des roseaux, celle qui regna sur l’Egypte puis fut renversée par son mari et neveu Thoutmès le troisième, est aussi l’une des raisons qui conduisent Moïse vers les terres d’Egypte. Les rumeurs sur sa mort vont bon train et Sephora incite Moïse à aller saluer une dernière fois celle qui fut comme sa mère.

C’est ainsi que Moïse et Sephora prirent le chemin de l’Egypte, après l’épisode du buisson ardent où Dieu s’adressa a Moïse. D’après le roman, ils furent nombreux, ceux de Madiân, à les accompagner. En chemin, Sephora sauve Moïse de la colère de l’Eternel en accomplissant la circoncision de leur fils Eliezer. Cet acte représente pour les juifs la marque de l’alliance avec Dieu.

Mais les temps qui attendent Sephora en arrivant en Egypte ne l’épargnent guère du racisme et des complots au sein du peuple de Moïse, rejetée en premier lieu par Aaron et Myriam, les frères et soeurs de sang de son époux. Jethro dira d’eux que même s’ils furent physiquement libérés de l’esclavage, ils demeurèrent esclaves dans leurs esprits :

«Tsippora, mon enfant, n’oublie pas qu’ils sont perdus à eux-même car Pharaon à massacré, a coup de fouet, et sous le poids de ses briques, ce qui était leur innocence dans le coeur de Yhwh.»

C’est ainsi que Sephora fut écartée et séparée de son époux bien-aimé, pendant des années, durant les dix plaies d’Egypte et même lorsque la mer rouge s’ouvrit devant lui, exactement comme elle l’avait vu en rêve.

Sipporah (Sephora), vue par le photographe James C. Lewis, Nofi.

Ainsi Marek Halter écrit, pour signifier le rôle des femmes dans l’histoire :

« la libération d’un groupe humain passe par celle de la femme. À l’intérieur d’un groupe soumis, la femme est doublement soumise. À partir du moment où elle se libère, le groupe est obligé de revoir ses principes.» Tsippora, Jeune Afrique, janvier 2004.

Les sources historiques et religieuses divergent sur la descendance de Moïse et de Sephora de la version donnée par Marek Halter. L’auteur reconnait une part d’invention dans son roman (Cf. article Jeune Afrique) du fait du peu d’éléments existants sur la vie de Sephora dans les textes bibliques.

Mais par ces libertés, Marek Halter a su mettre en lumière un personnage oublié, et nous faire regarder d’un œil nouveau l’histoire de Moïse. En effet, s’il est un personnage éminemment important dans la Bible comme dans le Coran, peu retiendront ne serait-ce que le nom de son épouse Séphora. Il m’a paru essentiel de revenir sur son histoire, à une époque où les polémiques sur la couleur de la peau ou les origines font encore naitre des débats inutiles et stériles, des millénaires plus tard.

C’est selon moi, la force de l’œuvre de Marek Halter, de nous permettre de relire la vie de personnages religieux comme Khadija, Aïcha ou Sarah, à la lumière de nos propres réalités. Il nous plonge dans leur univers de femmes, et dépeint avec précisions les émotions qui auraient pu être les leur, forçant notre admiration devant leurs persévérances et redonnant toute leur humanité à ces héroïnes oubliées.

Marek Halter, en fervent défenseur du dialogue interreligieux, nous pousse aussi à voir les points communs dans la généalogie des trois grandes religions monothéistes : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. A une époque où les extrémismes de tout bord semblent gagner du terrain chaque jour un peu plus, on ne peut que saluer une telle initiative et inviter tout un chacun à se pencher sur ces histoires.  

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

2 réflexions au sujet de « Sephora, l’épouse de Moïse »

  1. Ping : Les pépites de Mondoblog : chocs culturels — Mondoblog

  2. Bonjour,
    Permettez quelques mots sur Myriam afin que vous découvriez d’où provient le nom de Séphora. Merci.
    Myriam, c’est la grande femme dont le nom brille dans l’histoire du peuple d’Israël, comme une resplendissante lumière qui éclaire plus de dix siècles ; c’est elle qui est l’auteur d’un livre de science, le Sépher, qui servira à faire le premier Livre de la Bible, la Genèse, qui en sera la caricature.
    C’est la grande prophétesse dont on fera une sœur de Moïse, quand on inventera Moïse pour la cacher, ne pouvant pas la supprimer tout à fait.
    Mais que de contradictions dans cette histoire, conséquence naturelle du mensonge !
    Ainsi, d’abord, pour les uns elle est la sœur d’Aaron, pour d’autres elle est sa femme. Et, en effet, il est formellement dit qu’Aaron est le « sacrificateur » de Mocé. Ce mot, si nous voulions lui donner une signification moderne, ne pourrait être rendu que par le mot « amant ». Du reste, quel homme aurait joué un si grand rôle auprès d’une femme s’il n’avait été plus que son frère ?
    Il faut se rappeler, du reste, que dans les temps gynécocratiques, la femme appelait « frère » celui que dans les temps modernes elle appelle son « mari ».
    Le nom de Myriam servit, dans l’antiquité, à former différents mots se rapportant à son œuvre et à sa grande action dans le monde de son époque. C’est ainsi que de Myriam on fait mystique, qui veut dire « initié à la doctrine cachée ». Ce mot, qui est d’abord un titre glorieux, deviendra, pour les adversaires de la Vérité, une épithète avilissante. Cependant, les doctrines successives s’en emparèrent, et nous verrons ce mot servir alors à désigner toutes sortes d’erreurs.
    Mais, primitivement, la mystagogie égyptienne, c’est le « mystère de la Femme » divulgué dans le Sépher, et cela crée une époque si brillante que ce mot sert à donner un nom nouveau au pays : Misraïm (1).
    Mais il fallut cacher la doctrine pour éviter la colère des hommes ; alors de mystique on fit mystère (en grec, mustêrion viendra de mustes, muein, serrer, fermer).
    Il fallut se taire sur les lois de la Nature dont on ne pouvait plus parler sans danger. C’est pourquoi on fit, de cette même racine, le mot mutisme, d’où muet (mutus latin).
    Mais cette lutte créait une solidarité entre les persécutés, ce qui fit dériver le mot mutualité du mot mutisme.
    La lutte s’étendant et devenant universelle, on créa des armées, et les défenseurs de Myriam furent appelés Myria (dix mille). Ce sont « les armées d’Israël ».
    Mais les adversaires aussi créaient des mots, ou, du moins, donnaient une signification tout autre aux vocables déjà existants. C’est ainsi que, cherchant à couvrir de ridicule tout ce qui venait de la femme et dévoilait des vérités gênantes, on fit de mystique le mot mystification. Et, en face des « initiés » qui gardaient la connaissance des lois de la Nature, apparurent les « mystificateurs » qui leur donnaient une signification renversée.
    Les femmes étaient considérées comme ayant échappé au déluge allégorique (l’eau, symbole de l’ignorance et de l’erreur, éteint l’Esprit représenté par le feu). On montrait les Déesses planant au-dessus des eaux ; Myriam, comme Aphrodite, sortait de l’onde amère, était figurée comme « sauvée des eaux ».
    La légende représente Marie l’Égyptienne traversant le Nil en marchant sur les eaux. Catulle Mendès, rappelant cette légende, appelle Myriam, dans une indiscrétion de poète, « Madame Dieu ».
    L’évolution des idées nous montre, plus tard, Moïse marchant sur les eaux, et nous voyons cette même idée introduite dans la vie de Jésus.
    Quand l’homme prend ainsi la place de la Déesse, que devient la Femme ?
    Elle est mystifiée, et alors, pendant qu’on donne à l’homme le rôle de la Femme, on donne à la Femme le rôle de l’homme pour la narguer, c’est ainsi qu’on donne à Myriam, le jour de sa fête, le 1er avril, un poisson (le poisson d’avril), symbole de l’homme dans l’eau (les eaux de l’ignorance et de l’erreur).
    Si, dans la légende écrite par Philon, on fait de Moïse un enfant « sauvé des eaux », c’est pour rappeler ce symbolisme.
    Du reste, tous les grands hommes étaient présentés comme « sauvés des eaux » : tels sont Romulus, Cyrus, Œdipe. Le panier d’osier de Moïse, c’est la corbeille de roseaux dans laquelle le jeune Horus flotte au milieu des fleurs de lotus.
    La lettre M, première du nom de Myriam, est une lettre mystique, sacrée dans toutes les langues orientales et occidentales de l’antiquité.
    Quand on fit surgir Myriam de l’onde, cette lettre servit de glyphe pour représenter les ondes.
    C’est la lettre initiale du mot grec Métis ou sagesse divine, de Mimra, le Verbe ou Logos (d’où le Memrah de Haveh), de Mâyâ, la Mère ; en Egypte Mout, en Grèce Minerve, de Myrrha, la mère du Logos chrétien.
    Une des femmes qu’on donne à Moïse s’appelle Séphora.
    C’est ironiquement, sans doute, qu’on lui donne comme nom le titre du livre de Myriam, le Sépher.
    (1) Misraïm est le nom sémitique de l’Egypte
    Lien sur les hébreux : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/histoire-des-israelites.html
    Lien sur l’Egypte : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/revolution-religieuse-en-egypte.html
    Cordialement.

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