Comment j’ai rencontré les douaniers gambiens

Quand on vit en Casamance, il y a un tas d’histoires qui circulent sur les douaniers gambiens et leurs folies. C’est un peu comme les anecdotes sur les douaniers américains lorsque l’on vit au Canada. On les entend si souvent que l’on ne sait plus si ce sont des mythes ou des réalités. Mercredi dernier, j’ai pu vérifier par moi-même ces histoires en prenant la route qui relie Ziguinchor à Dakar, et passer par ce petit pays anglophone, véritable enclave entre le Nord du Sénégal et la Casamance. Je vais vous raconter mon aventure…

Points de traversée de la Gambie : Banjul ou Farafenni. Crédit image : Wikipedia

Points de traversée de la Gambie : Banjul ou Farafenni. Crédit image : Wikipedia

J’avais réservé mon billet de bateau retour Ziguinchor-Dakar un mois à l’avance, pour m’assurer d’avoir une place en ce week-end de Tabaski (Aïd el-Kebir) où beaucoup de Sénégalais voyagent pour passer en famille la plus grande fête musulmane. Pourtant, en arrivant à Ziguinchor, quel ne fût pas mon étonnement en apprenant que le bateau était en panne et qu’il me fallait soit reporter mon billet, soit l’annuler. Du fait de mes obligations professionnelles, je n’avais pas le choix de la date et je devais me rendre à Dakar au plus vite. J’ai donc pris la route… Plusieurs étapes ont marqué cette longue traversée.

Première étape : 6h du matin à la gare routière de Ziguinchor, il me faut trouver une voiture pour aller jusqu’à la frontière gambienne. Première embûche, il n’y a pas de voiture, mais seulement un minibus. Nous voilà donc partis avec une playlist alternant Zikr (chants religieux) et mbalax (musique traditionnelle sénégalaise) à fond dans nos oreilles, histoire de nous assurer que nous sommes bien réveillés !

Deuxième étape : la frontière gambienne. Il faut d’abord négocier un taxi qui nous amènera au bac, le ferry qui traverse le fleuve Gambie. Les chauffeurs ont gonflé les prix car ils savent que les clients seront là en cette période de fête. Le taxi s’avance avec nos bagages pendant que je passe la douane : d’abord côté sénégalais, puis côté gambien. C’est ici que tout se complique. « You have to pay 5000 FCFA ! » ( vous devez payer 5000 FCFA) me lancent-ils sans laisser l’opportunité de négocier quoi que ce soit. Si l’on veut passer, il faut payer, point. Je tends donc mon billet de 5000 à contrecœur mais sans broncher et je retourne à la voiture. Dans ma tête, je me dis que quoi qu’il arrive, je dois arriver Dakar le soir même.

Troisième étape : le bac. Scènes irréelles et déconcertantes. Attendre. Attendre. Attendre sous le soleil, les pieds dans une boue rougeâtre qui ruine tous les vêtements. Payer 50 FCFA pour aller aux toilettes à la propreté approximative et se faire fustiger (en wolof) par la dame pipi à cause de chaussures sales qui vont ruiner son ménage. Se faire arroser les pieds avec une eau à peine plus propre.

Le bac de Farafenni. Crédit photo : sudonline.sn

Le bac de Farafenni. Crédit photo : sudonline.sn

Le bac arrive enfin de notre côté du fleuve. Mais il doit décharger passagers et véhicules qui se trouvent à son bord avant de nous laisser monter. Moments épiques. La foule se presse à l’entrée du bac alors que les camions débarquent un à un tout près de nos pieds. Si leurs freins lâchent, tout le monde se fait écraser ! Finalement, nous montons à bord sans incident. Ouf ! Nous allons nous asseoir sur les côtés du ferry au confort sommaire et je me dis à ce moment là que le bateau Aline Sitoé Diatta qui relie Ziguinchor à Dakar par la mer, est digne d’un 5 étoiles en comparaison ! Les vendeurs ambulants sillonnent avec difficultés entre passagers et véhicules pour proposer leurs chips, biscuits ou serviettes de toilettes, au cas où l’on voudrait s’éponger le front ou s’essuyer les pieds.

Une fois débarqués de l’autre côté du fleuve, nous devons prendre un autre taxi gambien pour aller jusqu’à la frontière nord du pays à quelques kilomètres. Il pleut, les gens se précipitent et les prix flambent ici encore. Pour éviter de rester bloqués les pieds dans la boue et sous la pluie, dépités, nous payons en oubliant un peu l’esprit de négociation. Nous n’en sommes plus à quelques CFA près… C’était la quatrième étape.

La cinquième étape n’est pas des moindre puisqu’un autre défi nous attend : la douane gambienne. Pour sortir du territoire du Président dont on ne prononce pas le nom sous peine de finir à Mansa Konko (célèbre prison de Gambie), il faut payer. Je fais donc la queue entre les chauffeurs de taxi et autres transporteurs venus s’acquitter de leur taxe douanière et tends les 1000 FCFA que l’on me demande. J’aurai donné 6000 FCFA (environ 9 Euros) à la douane gambienne pour traverser le pays, et à ce moment là, les grands principes de libre circulation des biens et des personnes de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’ouest) me semblent bien loin.

Sixième étape : gare routière à la frontière sénégalo-gambienne. Nous sommes désormais en territoire sénégalais et je dois avouer que je ressens un certain soulagement ! Il faut maintenant trouver un véhicule qui nous amènera jusqu’à Dakar. Mais les chauffeurs sont un peu réfractaires à faire ce long trajet sans la garantie d’avoir des clients au retour. Il faut donc négocier longuement, se regrouper entre passagers, leur courir après sur le parking. A ce moment là, en voyant la foule se déplacer autour d’eux comme des abeilles, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils font un peu les divas, profitant de la situation pour obtenir quelques CFA de plus. Nous parvenons finalement à trouver un taxi 7 places et c’est un nouveau soulagement lorsque nous sommes installés à l’intérieur. J’ai réussi à éviter soigneusement les places les plus inconfortables du fonds, mais je me retrouve sur la place du milieu et je lutte pour me faire un peu d’espace aux côtés d’une drianké sénégalaise (femme sénégalaise aisée et bien en chair, idéal de beauté sénégalaise). A ce moment du voyage, tout mon altruisme est resté sur les rives du fleuve Gambie…

Lorsque nous prenons la route de Kaolack, avec un taximan aussi vieux que sa voiture, à une vitesse proche de zéro sur une piste de terre parsemée de trous, l’optimiste s’est évanoui et l’on se demande si on arrivera un jour à Dakar… La fatigue aura finalement raison de nous et tous les passagers s’endorment malgré le vacarme et les secousses, pour se réveiller aux portes de Kaolack. Puis Fatick, Mbour, Rufisque et enfin Dakar. Les paysages que l’on aperçoit entre deux « siestes » sont verdoyants et magnifiques et c’est une autre facette du Sénégal qui s’offre à nous.

La Casamance vue d'avion, quel confort! Crédit photo : Pascaline

La Casamance vue d’avion, quel confort! Crédit photo : Pascaline

Malgré toute la galère et la fatigue, ce voyage m’aura fait découvrir encore un peu plus le pays et mieux comprendre la galère que vivent les Casamançais lorsqu’ils veulent rallier la capitale sénégalaise. Le désenclavement promis par les politiques de tous bords prend tout son sens mais reste malheureusement encore aujourd’hui une illusion qui permettrait le développement de la région.

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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