A Dakar… et (pas) si loin du Vietnam

Ce samedi 18 juin à Dakar, alors que le ramadan avait plongé la ville dans une douce torpeur, j’ai profité du calme insolite dans les rues pour aller voir un film documentaire de Laurence Gavron sur la communauté sénégalo-vietnamienne à la librairie l’Harmattan. « Si loin du Vietnam », comme son titre énigmatique l’indique, pourtant, ce film m’a ouvert un univers tout entier que j’aimerais partager avec vous…

Il faisait chaud cet après midi là dans les rues de Dakar, le taximan m’avait emmené beaucoup trop loin sur la VDN, et les passants m’indiquaient tous un chemin différent pour rejoindre la librairie, n’ayant en fait aucune idée de là où elle se trouvait ! Mais à force de persévérance et grâce à mon téléphone intelligent et son GPS, j’ai finalement pu arriver à destination.

Tout en douceur, je me suis alors plongée dans l’univers pluriel des métisses sénégalo-vietnamiens de Dakar…

Leurs récits sont dignes des chroniques de Yasmine Chouaki, dans mon émission fétiche, « En sol majeur », qui questionne les identités plurielles de ses invités.

Ainsi, le film nous berce entre le Sénégal et le Vietnam, à travers l’histoire des ses différents personnages :

C’est l’histoire du rapprochement de deux cultures en pleine guerre, peut-être l’un des seuls effets positif de l’horreur.

C’est l’histoire de soldats originaires des colonies, envoyé au front, dans un énième combat qui ne les concernait au fond, pas vraiment.

C’est l’histoire de ces jeunes sénégalais célibataires qui, en allant se battre pour la France en Indochine, on finalement rencontrer leurs femmes.

Et enfin, c’est l’histoire de leurs enfants, témoins de ces liaisons singulières qui leur rendent un hommage poignant.

Image extraite du film "Si loin du vietnam" de Laurence Gavron

Image extraite du film « Si loin du Vietnam » de Laurence Gavron

La chronologie des événements jalonnant ces vies nos permet une reconstitution historique des faits.

A la fin de la guerre, sentant le vent tourner, la plupart de ces familles décident de quitter le Vietnam pour rejoindre le Sénégal, où ils espèrent une meilleure intégration de leurs enfants.

Le film nous amènent dans les jardins de villas dakaroises, lors de retrouvailles portée par Madame Lame Hélène Ndoye, personnage essentiel du film avec qui on adorerait aller boire un café pour l’écouter simplement nous parler de sa vie. Il nous fait voyager jusqu’au Vietnam, à la rencontre de sa famille et de son oncle maternel incroyablement attachant. Au rythme des mélodies rétro, les images nous transportent dans l’Histoire avec des images d’archives dessinant ce que l’on appelait alors l’Indochine, le bateau du retour vers les terres d’Afrique, puis le Dakar d’hier, nous invitant à refaire le voyage avec eux.

Les témoignages en fin de projection furent tout aussi poignant, venant rompre définitivement avec l’idée reçue que les documentaires ne nous font pas voyager intérieurement.

Madame Ndoye, ciment de la communauté, comme tous en attestent dans le film comme dans la salle, s’émeut aux larmes en racontant l’histoire de sa mère, et me laisse les yeux humides, camouflés heureusement par l’obscurité de la salle !

Anne-Marie Niane, auteur de L’Etrangère, une nouvelle sur sa mère, a voulu rappelé que ce n’était pas tout rose. Leurs mères ont rencontré beaucoup d’obstacles sur leur chemin, mais comme elle le dit si bien « ça fait partie de la vie ». Leur soumission et leur sens de la famille leur a permis de s’intégrer au Sénégal mais aussi d’imposer le respect pour elles et leurs enfants. Pour la petite anecdote, on raconte que c’est cette communauté qui a rendu populaire les nems et divers mets asiatiques dans la culture culinaire sénégalaise.

Ce qui m’a le plus touché dans ce film, c’est la jolie manière dont ces enfants racontent leurs parents, leurs mères surtout, qui ont tout quitté pour offrir un meilleur avenir à leurs enfants, dans une société qui sortait de la guerre où le métissage n’était pas encore très bien perçu.

J’ai aussi été impressionné par l’agilité avec laquelle tous jonglaient entre deux cultures à la fois si lointaines et si comparables.

La réalisatrice a su aborder un sujet peu traité avec sensibilité et donner la paroles à cette communauté pour nos faire prendre conscience de la manière dont la grande Histoire a pu chambouler des destins. Elle nous a donné envie d’en savoir plus sur son univers interculturel, et sur ses films documentaires mettant en scène différentes communautés, du Sénégal et d’ailleurs.

 

 

 

 

The following two tabs change content below.
Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

2 réflexions au sujet de « A Dakar… et (pas) si loin du Vietnam »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *