Dakar : Omar Pene plus fort que Ebola

Samedi 30 août 2014, à Dakar, c’était le retour sur scène d’Omar Pene et de son groupe, le Super Diamono, légendes de la musique sénégalaise (mbalax), après plus d’un an d’absence. Tous les grands artistes étaient venus célébrer avec lui ce concert annoncé sur toutes les télés, et par miracle, j’ai pu assister à l’évènement, au Grand Théâtre de Dakar. Ma conscience  était tiraillée entre la menace d’Ebola et l’amour de la musique qui l’a finalement emporté.

« Malgré Ebola, j’irais au Grand Théâtre » pouvait-on lire sur les réseaux sociaux, pour exorciser le sort et éloigner le spectre du virus assassin qui venait d’apparaître au Sénégal. Mais il n’allait pas nous gâcher la fête, et pendant le temps d’une soirée, nous avons tout bonnement décidé de l’ignorer pour aller applaudir Omar Pene.

La soirée avait commencé tôt, car la musique n’attend pas et surtout, car il fallait dégoter des billets afin de pouvoir entrer, puisque le Grand Théâtre affichait déjà complet depuis une semaine. La ligne téléphonique dédiée aux réservations était même sur messagerie ! Devant la salle que je n’avais encore jamais visitée, les négociations commencèrent avec les vendeurs à la sauvette qui étaient nos derniers espoirs. Il fallait trouver les meilleurs prix, et faire vite, la file d’attente était déjà immense, et les dames plus élégantes les unes que les autres se pressaient à l’entrée. Les messieurs n’étaient pas en reste, vestimentairement parlant, mais plus discrets peut-être, ou bien moins nombreux, c’est sur. Je patientais donc avec plaisir en observant les robes, maquillages, coiffures et talons vertigineux de ces dames, comme si je regardais un défilé de mode en direct.

Crédit photo : Pascaline

Crédit photo : Pascaline

Une fois à l’intérieur, l’animateur préféré des Sénégalais, Boubacar Diallo, est venu chauffer la salle et nous présenter celui que l’on ne présente plus. « Omar Pene est revenu chanter grâce à son public », car les rumeurs qui annonçaient son décès se sont propagées plus vite qu’Ebola dans la presse people. Son retour, après un an d’absence, à cause d’une santé fragile, méritait donc tous les honneurs, pour un grand homme plein d’humilité. Toutes générations confondues, son public était là, plus nombreux que jamais prêt à danser jusqu’au bout de la nuit. Mon voisin, un jeune fan survolté, esquissait ses plus beaux pas de danse en animant toute l’assemblée. Il a même répondu aux colporteurs de rumeurs en criant à Omar Pene :

« Tu vivras 100 ans et sans ordonnance, si Dieu le veux ! »

Comme lui, d’autres dans la salle n’ont pas hésité à déclarer ouvertement leur amour au chanteur, tout au long du concert. Certains sont même venus, comme le veut la tradition, lui glisser des billets dans la paume de la main, pendant qu’il chantait, en signe de respect. Mais au-delà de tous ces éloges, il nous faut rappeler qu’Omar Pene fait de la musique avant tout pour la partager, depuis ses débuts. Il a fait de nombreux concerts gratuits, jusque dans la banlieue, notamment lors de ses 40 ans de carrière, une grande fête l’an dernier dans tout Dakar. Il est aussi connu comme étant l’ami des étudiants, qui, il l’a rappelé ce samedi encore, constituent l’avenir du Sénégal, et « les négliger, c’est négliger l’avenir du pays ». Ses chansons racontent son pays et ses réalités, au-delà des clichés et sans fard : les étudiants, l’amour, la famille, les mamans, le mariage, le chômage, les agresseurs, les talibés, le football, la Casamance, les embouteillages, les immigrés, l’argent, l’Afrique et ses leaders, les traditions, les confréries …

Ainsi, de nombreux Sénégalais se reconnaissent dans ses chansons, c’est l’une des raisons pour laquelle il est si populaire et peut-être un peu moins à l’extérieur, à l’instar de son ami Youssou N’dour. Son album international Ndam, sorti en 2009, a pourtant contribué à le faire connaître dans le monde entier.

Pour célébrer cette nuit de musique mbalax, toutes les stars sénégalaises ont défilé sous nos yeux pour reprendre des chansons d’Omar Pene, chanter avec lui et lui rendre hommage. L’ancienne génération était représentée par Thione Seck, Baaba Maal, Ismael Lo, Kiné Lam, Soda Mama Fall et tous les anciens du Super Diamono (Salam Diallo, Alioun Mbaye Nder, Tio Mbaye…) et la star Youssou Ndour avec Mbaye Dieye Faye  (son percussionniste) à qui il a même offert une chanson, Silmakha, pour prouver son amitié au chanteur, alors qu’on les disait « concurrents ».

La nouvelle génération a aussi brillé avec Viviane, Mame goor, Yoro Ndiaye, Baba Hamdi ainsi que son ami rappeur Fata El Presidente. Tous nous ont prouvé que la musique d’Omar Pene dépasse les générations, et les styles musicaux.

Alors, après plus de cinq heures de musique et en réécoutant Omar Pene dans le taxi qui nous ramenait à la maison, notre seul regret ce soir aura été de ne pas l’entendre chanter plus longtemps. Mais ça ne sera, nous l’espérons que partie remise, pour un nouveau rendez-vous musical à Dakar… où Monsieur Ebola ne sera pas invité !

 

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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