Hier encore… ou ma nostalgie des premiers pas au Sénégal

Une année ça passe atrocement vite, surtout lorsque l’on se rapproche de la trentaine, quand le temps semble tout à coup s’accélérer. Il y a un an, je quittais Marseille, ma ville de cœur, pour Ziguinchor puis Dakar, qui m’appelait depuis longtemps. Hier encore, j’avais 20 ans comme disait Aznavour…

Dans quelques jours, cela fera donc un an que je vis au Sénégal. C’est donc le moment où jamais de faire le bilan, ou plutôt, de vous parler ici de ce que je n’ai pas écris durant tous ces mois. L’autre jour, je déplorais auprès d’une amie blogueuse de ne plus avoir cette douce naïveté des débuts : lorsque l’on arrive dans un pays que l’on ne connait pas et que l’on a envie de tout découvrir, puis de tout partager sur ces découvertes. Pourtant, j’aimerais pouvoir retrouver cette sensation. Je me sens nostalgique du temps où je posais pour la première fois les pieds au Sénégal me promettant d’y revenir. Nous y voilà, cela fait cinq ans. La vie est pleine de surprise et les promesses que l’on se fait à soi même peuvent forcer le destin.

Je me souviens de l’air chargé de poussière en descendant de l’avion, rendant le paysage vaguement rouge et les contours des immeubles un peu flous. Cette poussière c’est l’harmattan qui la provoque, venu du désert. Il nous pique les yeux et entre dans les maisons même lorsque toutes les portes sont fermées, obligeant les ménagères à des séances de ménage quotidiennes.

Je me souviens que j’avais un peu de mal a wakhaler (négocier) les taxis et que je me mettais sur le bas côté pendant que mes amis s’en chargeaient. Maintenant, j’ai compris que si c’est moi qui négocie en balbutiant quelques mots de wolof, c’est plus facile car le taximan comprend que je ne suis pas touriste et que je connais les prix. Il y en a qui sourient, d’autres qui s’énervent, mais c’est le jeu. Même si l’on n’est pas toujours d’humeur à « jouer » chaque matin, c’est le seul moyen de ne pas se faire « plumer ».

Je me souviens des marabouts, dont tout le monde me parlait mais dont je ne comprenais pas grand-chose. Il s’agit des guides religieux des différentes confréries musulmanes très présentes et influentes au Sénégal. Les taximan ont l’habitude de coller leurs photos dans leurs véhicules, et certains talibés (disciples) les portent parfois autour du cou.

Je me souviens du lakh, ce plat à base de mile et surmonté de lait caillé que je n’aimais pas vraiment…ce qui n’a pas changé ! Les familles ont l’habitude de le préparer le soir, souvent le dimanche en guise de repas. C’est aussi le repas que l’on sert le matin de la fête de korité, qui clôt le ramadan au Sénégal.

Je me souviens du thiep (plat national sénégalais), que je trouvais exotique et original. Mais après avoir mangé pendant des mois, thiep, kaldou, mafé, et autres yassa (spécialités culinaires sénégalaises) je dois bien vous avouer que je ne trouve ça plus du tout exotique, et encore moins original !

J’étais un peu maladroite pour manger dans le plat (commun), avant qu’une amie m’apprenne qu’il y a là un véritable savoir-faire à acquérir. Chacun doit manger la nourriture qui est devant lui, ne pas empiéter chez ses voisins, et attendre que celui qui a servit répartisse les morceaux de légumes, de viande ou de poisson entre les convives.

Je me souviens du mbalax et des soirées sénégalaises, en pensant à l’époque que c’était, avec le hip-hop, la seule musique sénégalaise écoutée dans les maisons. Mais je me suis rendue compte, en Casamance, que le mbalax n’y était pas vraiment populaire et que c’était plutôt le cas chez les « nordistes ». J’y ai découvert les musiques traditionnelles joolas, ou encore le « cabo » version capverdienne du zouk également très populaire en Guinée Bissau.

Je me souviens que lorsque quelqu’un m’abordait dans la rue pour discuter et surtout me vendre quelque chose, je souriais et répondait avec une ou deux blagues. Mais maintenant, je ne sourie plus et trace ma route pour ne pas appeler a la discussion car les sollicitations quotidiennes finissent par agacer. On apprend trop souvent aux femmes à sourire en toute circonstances, mais parfois, il est nécessaire de ne pas le faire, pas pour être désagréable mais pour défendre son « bout de gras ». J’ai donc décidé de ne plus sourire quand quelqu’un m’« emmerde ».

Il y a certainement beaucoup d’autres choses qui m’ont marquées en arrivant ici, mais je ne m’en souviens plus. Mes souvenirs ont été effacés par d’autres, plus actuels de ma vie ici. Les mangues puis l’hivernage casamançais et les pieds mouillés chaque matin en allant au travail, le bukut (cérémonie traditionnelle joola de passage a l’âge adulte pour les hommes), le djotaï autour du barada (discutions autour du thé), la rencontre avec ma famille de cœur qui a facilité grandement mon intégration et ma vie ici, les fêtes de korité et tabaski (respectivement 1er et 2ème aïd) en famille, puis Dakar, les embouteillages, les hamburgers, les excursions entre amis à la découverte du pays, les histoires racontées par les collègues sur la religion ou les croyances locales, les sorties culturelles, les petits coins tranquilles et insoupçonnés, les mille et unes choses à découvrir, encore…

Cela fait un an que je vis au Sénégal, mais je suis encore choquée, charmée, interloquée, désarçonnée, et un peu de tout ça à la fois chaque jours qui passe, ça doit être le signe que je ne suis pas tout à fait ennuyée ni tout a fait blasée de la vie ici, malgré tout… Pourvu que ça dur encore un an au moins…

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

2 réflexions au sujet de « Hier encore… ou ma nostalgie des premiers pas au Sénégal »

  1. Très beau récit Pascaline. L’expatriation est un choc quelque soit le pays d’acceuil, choc de culture, de conscience, des mœurs, des croyances, et une remise en question de soi. Je crois qu’un pays comme le Sénégal, pour ce que j’ai vu de Dakar en une semaine, est un endroit ou on doit être confronté à un mélange de beauté, d’élégance, de misères, de bonnes et mauvaises surprises, de sourires, rires, et larmes, au quotidien. Je t’envie.
    Corinne (tu n’es plus sur FB? Juste quand cela devenait intéressant :))

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