Le ramadan à l’heure du ndogou au Sénégal

Tandis que la télévision psalmodiait les versets du Coran en attendant l’heure du ndogou (la rupture du jeûne) et que le ciel voilé annonçait la pluie, une douce nostalgie m’envahissait. Comme si je prenais enfin un peu de recul sur les quelques mois passés ici à Ziguinchor. Il est difficile de décrire les habitudes, particularités, ou coutumes d’un pays lorsqu’elles deviennent votre quotidien. Ce n’est que lorsqu’elles changent un tout petit peu, qu’on en prend conscience. C’était le mois de ramadan et une ambiance particulière avait envahi la ville, presque solennelle et joyeuse à la fois …

Pendant le ramadan, chaque soirée on n’attend le moment où toute la maison se retrouve dans le salon en guettant les appels du muezzin pour pouvoir rompre le jeûne avec une date, puis un peu d’eau. A Dakar, c’est la télé qui annonce l’heure exacte, mais à Ziguinchor, la rupture se fait avec quelques minutes de moins et la TV, toujours calquée sur la vie dakaroise, n’a pas prévu ça.

Ndogou sénégalais. Crédit photo : senegaldaily.wordpress.com

Ndogou sénégalais. Crédit photo : senegaldaily.wordpress.com

Ensuite, vient la prière pour ceux qui s’y adonnent : ils se retrouvent dans la cour, les hommes devant, les femmes derrière, pour prier ensemble. En temps normal au Sénégal, tous les musulmans ne pratiquent pas les cinq prières par jour, faisant partie des cinq piliers de l’islam (les autres étant la profession de foi, le jeûne, le pèlerinage à la Mecque, l’aumône aux pauvres).

Pourtant, en période de ramadan, beaucoup prient.

Puis tout le monde se retrouve autour de la table du salon afin de prendre une boisson chaude et un morceau de pain, agrémenté selon les jours d’œufs, de poulet, de lentilles, fromage ou beurre.

Si le rythme de la maison change en période de ramadan, c’est aussi celui de tout le pays. Ainsi, il y a une deuxième livraison de pain à la boutique, aux alentours de 19 h spécialement cuite à cette occasion et nous attendons cette heure-là pour nous y rendre. Les horaires de travail sont aménagés dans beaucoup de structure, où les employés font la journée continue pour descendre un peu plus tôt le soir. Cela permet notamment aux femmes de rentrer cuisiner.

A la télé, les programmes spécial ramadan diffusent des sketchs en abondance, où je ne comprends aucune blague, puisqu’ils sont en wolof ! L’un d’entre eux, « ramadan à Paris » raconte les aventures et mésaventures des Sénégalais de notre capitale. Comme si une émission pouvait permettre aux parents des immigrés restés au pays d’imaginer un tout petit peu leur vie en France, alors qu’ils n’ont souvent pas le droit de s’y rendre faute de visa.

L'heure de la prière. Crédit photo : leral.net

L’heure de la prière. Crédit photo : leral.net

Les émissions religieuses sont aussi très présentes sur le petit écran pour rythmer nos soirées, ainsi que les émissions spéciales Korité (Aïd el fitr) pour préparer la fête. Ceux pour qui le budget le permet ont l’habitude de coudre un habit chaque année, et les couturiers en profitent pour faire leur publicité.

Aux alentours de 23 h vient le moment de prendre le repas, un bon plat de riz comme on le sert d’habitude à midi. Car il ne faut pas beaucoup de temps à tout visiteur pour comprendre qu’un Sénégalais ne peut pas passer une journée sans manger de riz. Vous y verrez là une généralité, mais je suis prête à prendre le risque sans trop de problèmes d’autant plus que je vis en pays joola, une ethnie réputée dans tout le pays pour son amour du riz ! Mes amis blogueurs seront là pour me soutenir puisqu’ils ont même dédié une chanson au riz lors de notre formation Mondoblog Dakar!

On se retrouve aussi parfois dehors, dans la cour, pour prendre le bon air frais de la nuit et discuter autour du barada (théière) ou allongés sur nos nattes. Les uns et les autres délaissent un peu leurs écrans (ordinateurs, smartphones et autres tablettes) pour discuter ensemble de choses et d’autres (religion, école, travail, famille, potins…)

Le ramadan est donc un mois de piété et de bonnes actions pour les musulmans du Sénégal, mais c’est aussi des moments privilégiés pour tous qui sont partagés ensemble. Le jeûne permet aux croyants de purifier leur corps et leur esprit, et de penser aux plus nécessiteux par le don et par la privation de nourriture.

Vendredi pour certains, samedi pour d’autres, les Sénégalais ont célébré la Korité (Aïd el fitr), pour clôturer ce mois béni en famille autour de mets délicieux, notamment du traditionnel poulet.

Puis, petit à petit, les habitudes reprennent leur cours avec dans le cœur de chacun les souvenirs de ces bons moments.

Comme le veut la tradition, chacun demande à son prochain de lui pardonner et lui accorde son pardon e à son tour pour lui souhaiter la fête : Balma akh, balnala akh, Dewenati!

 

Bonne fête de Korité à tous les musulmans! Eid Mubarak!

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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