Sénégal : comment j’ai désacralisé Dakar ?

Dakar est-elle au Sénégal ce que Paris est à la France ? Une capitale belle et renommée autant qu’elle est prétentieuse et égocentrique… Je me pose la question, alors que je viens pour la première fois de séjourner « en région » plus de temps que je n’en ai passé dans la capitale sénégalaise, depuis ma récente arrivée.

Quand on parle du Sénégal, quand vous dites aux gens que vous êtes au Sénégal, ils pensent automatiquement que vous êtes à Dakar ! Ils ne se posent pas la question et ils ne vous la posent pas non plus. C’est évident, où seriez-vous autrement ? Le Sénégal n’est-il pas Dakar ?

Crédit photo : Pascaline

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Je parle ici des gens extérieurs au pays, qui ne sont jamais venus ici, au pays de la Teranga (hospitalité). Les stéréotypes ont la vie dure ! Mais confondre Dakar et le Sénégal, c’est déjà pouvoir situer Dakar au Sénégal. Certains penseront quant à eux que Dakar est en « Afrique de l‘Ouest », ce « pays » où il y a Ebola. Cela peut prêter à sourire, pourtant, cette « confusion » à coûté au pays une baisse importante de fréquentation touristique cette année, qui aura sans nul doute des répercussions économiques importantes.

Mais quand vous dites aux Dakarois que vous allez « en région », ou pire, « en Casamance », ils lèvent tout simplement les yeux au ciel et la première question qui leur vient à l’esprit est la suivante :

« Mais qu’est ce que tu vas faire là-bas ? »

Suivi tout de suite d’une affirmation :

« Il faut rester ici, à Dakar ! »

Je dois vous avouer qu’au moment où cette question m’était posée, je n’étais pas trop sûre de ma réponse !

A Dakar, les apparences sont très importantes, primordiales même. Vous n’avez qu’à vous hasarder dans l’une des nombreuses soirées de la ville pour vous en rendre compte. Il faut être au top ! Rien n’est laissé au hasard et c’est aussi ce sens du détail, poussé à l’extrême dans les tenues chatoyantes des Sénégalaises, qui font le charme et la folie de cette ville et bien sûr de ses soirées.

Je fais ce constat sans pour autant dénigrer cette cité qui me captive, m’enivre et me fait me sentir vraiment vivante ! Mais je voudrais faire ressortir ici l’intérêt d’aller voir un peu plus loin, pour enfin découvrir qu’il y a un monde au-delà de Dakar…

Crédit photo : Pascaline

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A Ziguinchor (Casamance), j’ai l’impression que les gens sont tout simplement eux, sans fard. Car ici, « tout le monde se connaît », donc ce n’est pas la peine de faire semblant. Les gens se saluent dans la rue, même lorsqu’ils ne se connaissent pas.

Cela parait normal ici, mais un tel comportement dans une ville comme Marseille vous ferait penser que la personne qui vous salue a tout simplement perdu la tête ! Aussi, on m’a expliqué qu’il n’y avait pas de problèmes pour rentrer à pied la nuit et que c’était sécurisé, car si quelqu’un se hasardait à vouloir vous causer des ennuis, il y aura toujours des personnes qui le connaitront de près ou de loin, et qui sauront en informer son entourage.

Crédit photo : Pascaline

Crédit photo : Pascaline

Ici, on prend le temps de vivre, sans le stress des embouteillages, sans les temps de transport interminables pour arriver à l’heure au travail. Ici, il n’y a pas de Brioche dorée, pas de Gondole, pas d’Ali Baba (fameux restaurants dakarois), mais lorsque je regarde par la fenêtre, je vois un beau et énorme bananier. Et quand je descends dans la rue, je peux acheter oranges, bananes et mandarines de la région et bientôt mangues, mades (fruit sénégalais au goût acide) et noix de cajou.

Quand je me suis posée ce soir, devant la maison, au soleil couchant, en regardant le paysage qui s’offrait à moi, je me suis vraiment sentie privilégiée de pouvoir admirer un tel spectacle chaque jour. Un panorama simple, naturel qui n’a aucune prétention et qui en est encore plus beau. Je crois que la dernière fois que j’ai ressenti une telle sérénité est lorsque je me trouvais au beau milieu du désert égyptien, dans cette petite oasis que l’on appelle Siwa.

La Casamance peut aussi faire penser à une oasis, pleine de verdure et avec une culture propre qui implique des luttes importantes pour pouvoir la conserver. Je viens peut-être de toucher du doigt l’un des enjeux identitaires de cette région et sur lequel j’ai beaucoup à apprendre.

Il y a peut-être aussi moins ici ce que certains appellent « le monopole de la culture wolof », du nom de l’ethnie majoritaire dans le pays, et principalement dans sa capitale. Mais ça, c’est encore une autre histoire…

En attendant, vous l’aurez compris, la Casamance a su m’adopter !

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

2 réflexions au sujet de « Sénégal : comment j’ai désacralisé Dakar ? »

  1. Lu le week-end, commenté le lundi.
    Bon billet, c’est bien cela la réalité de l’Afrique, une capitale vitrine qui ne profite qu’aux plus riches et la province… ben, tu as vu: la précarité.
    Et j’ajoute que Dakar est devenu une ville pour les expats. Une ville très chere aussi 🙂

    • Merci pour ton commentaire. En effet, je m’en suis encore rendue compte ce week-end lorsque mes activités ont été quelques peu freinées par la chèreté de la vie! Dakar est une ville fascinante et passionnante, mais beaucoup de ses activités ne sont malheureusement accessibles qu’à un tout petit nombre. Alors qu’il y a beaucoup à apprendre dans les régions… La vitrine dont tu parles est exhibée comme un modèle de vie sénégalaise dans les séries comme « Un café avec… » alors qu’elle est loin de la réalité de la majorité de la population. L’avantage, c’est que pour une fois, on ne présente ici pas une vision misérabiliste du pays, l’inconvénient, c’est qu’on est encore loin je crois, de la réalité.

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