Manifestation à Marseille : «Nous sommes tous des Palestiniens !»

Article : Manifestation à Marseille : «Nous sommes tous des Palestiniens !»
21 juillet 2014

Manifestation à Marseille : «Nous sommes tous des Palestiniens !»

J’aurais aimé appeler mon article « paix israélo-palestinienne »… « salaam » ( سلام ), « shalom » (שָׁלוֹם), ou encore « paix », trois mots simples pour un défi immense pour les 1500 000 habitants de la bande de Gaza (Territoire palestinien),  alors que pour nous elle est une réalité que l’on oublie parfois, tellement elle est évidente. Pour m’en souvenir, samedi 21 juin, je suis allée à la manifestation de soutien à Gaza pour dénoncer l’intervention militaire israélienne dans cette enclave palestinienne et la position critiquable du gouvernement français. Quelques instants de solidarité aux côtés de milliers d’autres Marseillais que j’aimerais vous raconter ici.

 

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

Parce que j’arrive encore à m’émouvoir lorsque j’entends que des enfants meurent sous les bombardements et sont pris dans un conflit qui dépasse leurs réalités d’enfants. Les trois jeunes Israéliens enlevés en faisant du stop puis assassinés  aussi, étaient pris dans cette histoire complexe sans le demander. Parce qu’on ne choisit pas de naître à Gaza, à Tel-Aviv ou à New York. Parce que l’amour, l’entraide, et la bienveillance n’ont pas de religion. Parce que je ne suis pas encore totalement anesthésiée par les images télévisées qui nous montrent guerre, sang, et barbarie à longueur d’année sur les ondes. Parce que je m’indigne encore de voir tant de gens mourir… pourquoi ? Stéphane Hessel  n’est plus là pour nous exhorter à nous indigner. Lui qui fut si fervent défenseur de la cause palestinienne. Lui qui fut aussi rescapé des camps de concentration.

Le conflit israélo-palestinien me dépasse. Les explications qu’on me donne ici et là aussi. Car elles sont toutes empreintes de subjectivité. Mais ce n’est pas pour cela que je renonce à essayer de comprendre ce que les gens vivent à Gaza, comment ils vivent dans ce que Henri Gaino (conseiller du président Sarkozy en 2012), qualifiait de « prison à ciel ouvert ».

Sous l’ombrière du Vieux Port, à Marseille où le rendez-vous était donné, ce samedi, il y avait beaucoup de monde, beaucoup de diversité aussi. Des syndicats comme la CGT étaient présents, des groupes politiques comme Europe Ecologie, des mouvements militants comme les antifascistes de Marseille , et surtout beaucoup de citoyens venus par eux-mêmes. Tous avaient répondu à l’appel du Réseau Palestine 13, collectif informel réunissant des associations de défense des droits de l’homme et de soutien à la Palestine de la région marseillaise. Il était bon de faire une manifestation avec plus de jeunes gens que d’ordinaire, et beaucoup de monde mobilisé. Avant de partir, quelques interventions pour rappeler le mot d’ordre de la manif’ :

solidarité avec la Palestine, pour lutter contre l’intervention israélienne à Gaza mais aussi contre la position du gouvernement français qui, sans condamner l’attaque de l’opération « bordure protectrice » , se rend complice de cette guerre à armes inégales.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline

A ce rappel, un frisson me parcours l’échine, et je me souviens qu’en 1996, le président Chirac avait visité la Cisjordanie, « appelant à la fin de la colonisation juive des Territoires occupés, à l’arrêt des destructions de maisons palestiniennes et de la construction de routes réservées aux colons ».

Je me demande alors si aujourd’hui, les couleurs et les partis politiques signifient réellement quelque chose quand un chef d’Etat socialiste va moins loin qu’un président de droite.

Nous avons ensuite remonté doucement la Canebière sous le soleil, en scandant « nous sommes tous des Palestiniens ». Dans le quartier de Noailles, la scène était presque irréelle : on a pu voir le drapeau palestinien et des keffiehs presque sur toutes les têtes, défiler devant le commissariat de police, tout cela dans une normalité étonnante ! L’entraide s’est fait sentir lorsque les uns et les autres se faisaient passer les brumisateurs d’eau pour se rafraîchir, en cette période de ramadan. Un propriétaire de snack avait même sorti un stock de bouteilles d’eau pour les distribuer aux enfants, en guise de soutien.

Quelques agitations sont venues nous inquiéter, sur le boulevard de la libération, où des jets de pierres survenus d’une fenêtre ont provoqué la colère dans le cortège. Je me demandais, en passant, si beaucoup de Marseillais avaient un stock de pierres dans leur salon, pour les jeter sur les passants en cas de besoin ! Mais la chaleur et l’émulation n’auront pas eu raison de la manifestation et le calme est vite revenu. Ce n’était rien, presque rien contrairement à ce qui était espéré, prévu, annoncé, en écho aux incidents de Paris qui avaient motivé l’interdiction de la manifestation de ce samedi. Et aux fenêtres, on pouvait aussi apercevoir des signes de soutien et des sourires amicaux.

Nous avons poursuivi notre route jusqu’à la préfecture, en évitant soigneusement le consulat d’Israël, comme l’avaient souhaité les organisateurs, et les forces de l’ordre qui étaient placées juste derrière les chaînes humaines. Tous nous empêchaient de prendre cette direction. J’ai été agréablement surprise par les moyens mis en œuvre par les militants et la volonté affichée d’éviter tout débordement. Parce qu’une manifestation pacifiste montre que l’on peut dépasser l’idée de camps rivaux et parler d’humanité. Parce que ce n’est pas en nous battant nous mêmes que l’on aidera les enfants de Gaza.

 

 

Nous pouvons par contre essayer sans relâche de comprendre, ce qui se joue sur le petit morceau de terre de 360 km2 depuis plus de soixante ans, et d’une manière plus générale entre Israël et la Palestine, pour se faire notre propre opinion sur le conflit. Pour ne pas laisser les uns et les autres nous dicter ce que l’on doit penser, et pour ne pas laisser l’histoire être réécrite comme l’explique Shlomo Sand, dans sa déconstruction de l’histoire du peuple juif. 

Aussi, pour Jean-Pierre Filiu,

« La bande de Gaza existe non pas par la volonté des Palestiniens, mais par celle d’Israël et de ses pères fondateurs. Dans les derniers jours de 1948, le premier ministre Ben Gourion a coupé les jarrets de son général Yigal Allon, qui voulait encercler les troupes égyptiennes à Gaza et les y contraindre à la capitulation ».

Jean-Pierre Filiu, Professeur d’histoire à Sciences-Po, «  le piège de Gaza si vous avez raté le (vrai) début », rue 89, 17 juillet 2014.

Nous documenter et nous engager à notre échelle, c’est ce que l’on peut faire pour agir en faveur de la paix à Gaza.

Samedi, les organisateurs de la manifestation ont lancé un appel au boycott des produits en provenance des Territoires occupés pour exercer une pression économique sur le conflit.Telle a été la conclusion de la manifestation sur le Vieux Port, avec l’annonce d’un nouvel appel au rassemblement, prévu ce mercredi à 25 juin à21 heures au même endroit pour une veillée solidaire.

Crédit photo : Pascaline
Crédit photo : Pascaline
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Commentaires

Serge
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"Je me demande alors si aujourd’hui, les couleurs et les partis politiques signifient réellement quelque chose quand un chef d’Etat socialiste va moins loin qu’un président de droite.", c'est que Chirac est le dernier président Gaulliste de la France, avec tout ce que cela implique ...
Rien à voir avec les pantins qui ont suivi...
#FreeGaza #FreePalestine

RitaFlower
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Je te cite Vincent Geisser:Politologue et Sociologue Francais qui dit ceci et qui résume ton article"si manifester pacifiquement en France contre la Politique Criminelle de l'Etat d'Israel(ou de tout autre Etat)c'est faire preuve d'incivilité,alors je le revendique haut et fort:je suis un Mauvais Français".En une phrase,tout est dit et traduit une partie de l'opinion publique.Je salue ton courage,Pascaline.L'Etat ne peut rien contre le Pouvoir de la Rue...

pascaline
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Effectivement, c'est une citation qui sonne juste. Elle fait écho à tous les témoignages que j'ai entendu autour de moi, de personnes de tous horizons et de toute religion, qui s'indignent de ces attaques. En France, nous avons la chance de ne pas risquer notre vie lorsque l'on va manifester, et rien que pour cela, on se doit de se servir de ce Pouvoir de la Rue... Merci de ton soutien, Rita!