Mes podcasts de l’automne

Article : Mes podcasts de l’automne
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4 novembre 2019

Mes podcasts de l’automne

Des voyages en train qui m’ont amenée bien plus loin…

« Tarab » : Danse orientale, invention occidentale

J’ai commencé la danse orientale à Marseille et lorsque je suis partie vivre en Egypte quelques mois, j’avais en tête les Samia Gamal, Tahia Carioca ou encore Fifi Abdou, ces célèbres danseuses égyptiennes pleines de sensualité et de charisme. Pourtant, lorsque j’ai réussi à trouver des cours de danse orientale, il s’est avéré que ma professeure était… française.

Une anecdote qui illustre bien la démonstration majestueuse et approfondie de ce podcast, Tarabqui tend à nous montrer que les danses orientales vont bien au-delà de la seule danse classique orientale égyptienne qui s’est, en fait, beaucoup construite à travers les représentations occidentales et l’orientalisme.

Le podcast nous plonge avec pédagogie dans l’univers foisonnant et mélodieux de ces danses et des magnifiques musiques qui les accompagnent, dans des codes sociaux beaucoup plus précis qu’ils n’y paraissent (il existe des danses pour les mariages, les baptêmes et tous les événements importants). Il nous fait également découvrir milles et une danses arabo-berbères :  aalaoui, dabke, fazzani… grâce à Mariem Guellouz, maître de conférences en sciences du langage à l’université Paris-Descartes et directrice des journées chorégraphiques de Carthage en Tunisie et à Raïssa Leï, directrice artistique de la troupe Kif Kif Bledi.

Tarab est un podcast de Binge Audio animé par Leïla Izrar, soutenu par l’Institut du Monde Arabe. Il interroge la perception des cultures arabes en France, et les multiples parts d’arabité dans la culture française. 

« Les couilles sur la table » : Les gars du coin

J’ai grandi dans un de ces « coins paumés » décrits par le sociologue, Benoît Coquard, dans le podcast Les couilles sur la table, qui interroge les masculinités en milieu rural. Quand j’en suis partie pour aller poursuivre mes études « en ville », j’ai très vite compris que les sociabilités, les représentations, les « gens cool » n’y étaient pas les mêmes qu’à la campagne. Je me suis très vite distanciée aussi, de cette campagne où je ne me retrouvais pas, où les jeunes de mon âge n’avaient pas les mêmes préoccupations, pas les mêmes rêves, ni les mêmes horizons.

Habitant désormais Paris, je perçois une forme de mépris parisien à l’encontre de ces campagnes perçues comme des viviers de fascistes et d’homophobes, d’alcooliques et de consanguins. Si cette réalité n’est qu’une réalité partielle et tronquée, on entrevoit un soupçon de mépris de classe dans ces formes de représentations ; une classe bourgeoise parisienne qui jetterait un regard condescendant sur une classe populaire provinciale. Les choses sont pourtant plus complexes qu’elles n’y paraissent.

Benoît Coquard a passé trois ans avec « la bande à Boris », une trentaine de jeunes hommes et amis, à étudier la masculinité rurale populaire dans l’est de la France. Au-delà des clichés, ces jeunes hommes portent des valeurs fortes de solidarité, de famille, ils entretiennent des modes de vie sains, en opposition parfois à une représentation paternelle dépendante à l’alcool ; représentation dont ils s’affranchissent totalement au moment où eux-mêmes deviennent pères et sont valorisés dans ce nouveau rôle social, dans leur « bande ».

Le sociologue a voulu redorer le blason de cette jeunesse avec qui il a grandi et dont il s’est peu à peu éloigné idéologiquement au moment même où il s’en éloignait géographiquement. Il déconstruit les représentations sur cette jeunesse rurale et populaire et interroge les rapports de genre qui se jouent en son sein. Son analyse sociologique m’a rappelé comment notre identité et nos sociabilités peuvent-être construites par les milieux dans lesquels nous évoluons, même après l’âge adulte. Elle m’a touché, en tant que jeune femme, désormais parisienne, issue de cette ruralité plutôt populaire qui, même si elle ne correspondait pas à ma vision du monde, m’a en partie construite. 

Les couilles sur la table est un podcast de Binge Audio animé par Victoire Tuaillon qui interroge les masculinités contemporaines avec l’idée que l’on ne naît pas homme mais qu’on le devient. 

« Kiffe ta race » : Les couleurs des sentiments

Dans l’imaginaire collectif, un couple mixte est un couple dont l’une des personnes est noire, arabe ou asiatique et l’autre blanche. Pourtant, il existe de multiples configurations de couples que l’on pourrait dire mixtes sans que cela ne se voit par la couleur de leur peau. Un congolais en couple avec une camerounaise, une coréenne en couple avec un chinois, une française d’origine sénégalaise en couple avec un sénégalais, une algérienne en couple avec un marocain… tous ces couples devront traverser des questionnements identitaires, culturels, parfois religieux inhérent à la mixité de leur couple.

Pourtant, ils seront peut-être moins confrontés, dans leur vie de tous les jours aux regards des autres sur leur vie intime. Cela ne veut pas dire que celle-ci ne sera pas questionnée par leur entourage ; le choix de son-sa partenaire de vie est ainsi orienté, consciemment ou inconsciemment par les proches ou par un background culturels/religieux. Qu’est-ce que cela implique d’être en couple dit « racialement mixte » ou non mixte (la race étant entendu ici comme une construction sociale) ? Qu’est-ce que le « black love » ou les « power couples » ? Que nous disent-ils en termes de représentations ? Ce sont quelques-unes des questions posées par Rokhaya Diallo et Grace Ly dans cet épisode de Kiffe ta race

Ce podcast m’a interrogée, interloquée, remise en question, sans savoir vraiment si j’étais d’accord avec tout, notamment dans l’idée que le choix d’un-e conjoint-e soit aussi réfléchi voir calculé (en oubliant un peu l’amour…). Mais j’ai particulièrement apprécié l’éclairage de Fatima Aït Bounoua qui déconstruit le couple mixte, ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Elle revient sur la question de fétichisation des corps des femmes, notamment arabes et nous explique, par son histoire personnelle, qu’un couple valide/ invalide, c’est-à-dire une personne handicapée en couple avec une personne valide, peut-être confronté aux mêmes stéréotypes qu’une couple dit « racialement mixte ». J’ai aussi apprécié l’honnêteté intellectuelle et la franchise des protagonistes sur des questions qui demeurent trop souvent taboues en France.

Kiffe ta race est un podcast de Binge audio qui saute à pieds joints dans les questions raciales, sans tabou. Rokhaya Diallo et Grace Ly y parlent, autour d’un-e invité-e, d’arabes, d’asiatiques, de blancs, de roms, de noir-es, et tout ça sans aucun complexe.  

« Dieu.e » : Attika Trabelsi

Au moment où la haine de l’islamophobie envahie le petit écran et les discours politico-médiatiques, j’ai découvert le parcours la jeune militante musulmane Atika Trabelsi, en écoutant le podcast Dieu.e. Atika Trabelsi est co-fondatrice de l’association Lallab, une association/ laboratoire d’idée, dont le but est de faire entendre les voix plurielles des femmes musulmanes et de lutter contre les discriminations racistes et sexistes auxquelles elles font face en France. Elle a construit son parcours militant, bercée par l’éducation populaire et l’entrepreneuriat social. Elle évoque les questions d’intersectionnalité, de féminisme, d’antiracisme. Elle évoque également son rapport à la foi « beaucoup plus personnel et moins collectif, […] beaucoup moins rituel et beaucoup plus spirituel » qu’avant, car elle a appris le questionner par un travail spirituel de connaissance d’elle-même.

Attika revient sur la difficulté, aujourd’hui, pour les femmes musulmanes voilées de trouver un travail, d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire sans avoir à se justifier, d’être entendues dans le domaine de la santé (le syndrome méditerranéen est une pratique qui consiste à croire en un comportement d’exagération des symptômes de la part d’un patient et ce, du fait de ses origines et de sa culture)… 

La nécessaire prise en compte des réalités de chacun-e est le fil conducteur de son discours qui m’a touché par un universalisme qui n’exclut personne : reconnaitre les différentes réalités vécues tout en prônant une convergence des luttes des femmes féministes & religieuses, quelques soit leur confession, parler de l’utilité de la non-mixité dans certains espaces militants tout en prêtant attention à ne pas renforcer l’image de machistes qui colle à la peau des hommes musulmans. Son initiative, Power our stories a mis en lumière 30 femmes musulmanes du monde entier ayant contribué au rayonnement de l’islam dans l’histoire et m’a rappelé mes lectures captivantes des histoires de Khadija, l’épouse du prophète Muhammad et Fatima, qui fut sa fille. 

Dieu.e est le premier podcast francophone sur les féminismes religieux, habité par les contributions de théologiennes, d’activistes, de responsables de communautés ou simplement de croyantes. Il est réalisé par Alice Peyrol-Viale et Sinatou Saka.

Dalida et moi, une mélancolie arabe

Cette série de podcasts produite par Arte radio est l’histoire d’une rencontre avec une icône, une diva blonde reine du disco dans les années 70 et aujourd’hui un peu démodée. Dalida s’est invitée dans la vie de la journaliste Léa Veinstein suite à une série de signes annonciateurs. Elle l’a emporté puis nous a emporté dans son univers empreint de sensibilité et de questionnements philosophiques sur fond des plus belles mélodies de la diva égyptienne.

La mélancolie de Dalida viendrait de ses origines arabes, de la douleur de l’exil ; elle a poussé la jeune journaliste à chercher à mieux la connaitre et l’a envahie à son tour en écoutant ses chansons et…moi aussi. Je me suis reconnue dans la sensibilité de Léa, dans ses angoisses et ses larmes un peu trop faciles et dans son admiration pour Dalida, cette femme sulfureuse pourtant si loin de nous avec ses longs cheveux blonds, ses robes à paillettes et ses multiples amants, mais pourtant si touchante.

Aujourd’hui, Dalida est devenue une icône queer (une personne se dit queer quand elle ne se reconnaît pas dans la sexualité hétérosexuelle, ou ne se sent pas appartenir à un genre défini) sans jamais l’avoir su, alors qu’elle faisait tout pour masquer son strabisme et ses traits carrés et était d’une féminité extrême. C’est sans doute aussi cette beauté imparfaite et incarnée qui pousse à l’admiration et m’avait moi-même poussée, bien avant d’être parisienne, à aller admirer la statut grandeur nature qui trône sur sa tombe, dans le cimetière de Montmartre.

L’admiration est quelque chose qui ne s’explique pas, allant au-delà de toute logique mais qui peut trouver son origine dans des raisons enfouies au fond de nous-même. Ce sont ces raisons que Léa est allée chercher en nous embarquant avec elle dans son introspection, pour un fabuleux voyage sonore. 

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