Cinéma : Dans l’univers des femmes de Lidoubé

Article : Cinéma : Dans l’univers des femmes de Lidoubé
20 janvier 2014

Cinéma : Dans l’univers des femmes de Lidoubé

J’avais prévu une autre introduction. Et puis j’ai eu cette discussion avec des amies. Celle où l’on se demande si l’on doit adapter notre tenue vestimentaire à notre quartier, ou si c’est notre quartier (ou plutôt ses hommes) qui doivent s’adapter à notre tenue vestimentaire. Une histoire de femmes, en sommes, qui se posent des questions sur leurs conditions dans  la société où elles vivent. Le  jeune réalisateur sénégalais que je vais vous présenter parle aussi de femmes, qui se posent d’autres questions, dans un autre contexte, mais pour qui, comme pour nous, « la vie n’est pas immobile », du nom de son deuxième film que je viens de voir et que je vous invite à découvrir. 

Le premier long métrage d’Alassane Diago, je l’ai découvert il y a plus de deux ans, lors d’un festival de cinéma africain au musée de l’histoire de l’immigration, à Paris. J’ai retenu son nom et suivi depuis lors ses projets, car ce film m’a profondément touché, dans sa temporalité pourtant inhabituel. En effet, ce n’est pas un film que l’on a l’habitude de voir avec «de longs plans fixes, une bande son très pré­sente[…]de longs silen­ces ».

Pourtant, ce cadre très épuré du film laisse transparaître une émotion particulière. Cette émotion, c’est celle qu’il y a entre une mère et son fils, qui l’interroge sur sa vie et son passé dans une société où la pudeur est très forte et où «  les enfants ne deman­dent pas de comp­tes à leurs parents ».

« Les Larmes de l’émigration c’est l’histoire de ma mère qui attend mon père, parti il y a plus de 20 ans. C’est aussi l’histoire de ma sœur qui, aujourd’hui, attend son mari parti il y a cinq ans et celle de ma nièce qui elle non plus ne connaît pas son père.Avec ma caméra, je repars après deux ans d’absence dans ma communauté à Agnam Lidoubé, un village du Fouta sénégalais, pour comprendre comment et pourquoi ma mère a passé toutes ces longues années à attendre.»

Avec le recul, ce film me fait un peu penser au livre de Fatou Diome « Celles qui attendent », une autre histoire émouvante de femme et d’émigration, parmi celles dont je vous ai parlé. Mais l’originalité du film d’Alassane Diago est de nous montrer l’autre côté du miroir, d’un point de vu familial et affectif très fort, sans aucune intransigeance envers son père absent, qui n’a aucun droit de réponse puisque son silence l’en a privé.

J’ai longtemps cherché à connaître les nouveaux projets mis en œuvre par le réalisateur, curieuse de l’orientation qu’il leur donnerait, après un premier film ou il s’est finalement tant livré, ou peut-être pour y trouver la happy end a laquelle je n’avais pas eu droit. J’ai suivi les début d’un projet de film d’abord intitulé « les femmes de Liboubé », qui s’appellera finalement « La vie n’est pas immobile ». Malheureusement pour moi, ce film était jusqu’à présent uniquement diffusé lors de festivals et je n’avais donc pas eu l’occasion de le voir.

Mais alors que j’en avais presque oublié l’existence, je suis tombée dessus par hasard sur internet. Et alors que je m’apprêtais enfin à écrire cet article qui aurait dû être fait depuis longtemps, toute trace du-dit réalisateur avait disparu de Facebook. Plus de page, plus de mur, et toujours pas de site internet.
Je m’interrogeais… Comment se fait-il que dans ce monde, je puisse en un seul clic, retracer les dernières 24h de ma voisine du dessus, ou pire encore, de celle de tous les chats de mes anciens colocs, mais que je n’ai pas une seule info un peu fraîche sur réalisateur dont j’ai apprécié les films. Certe, ce n’est pas Spielberg, mais tout de même ! Il n’avait finalement peut-être pas tout dit dans son film. D’où l’intérêt d’en faire un deuxième, et rien de mieux pour que l’on parle de votre travail, que l’on n’ai rien d’autre à raconter.

Son deuxième film, donc, « La vie n’est pas immobile », nous ramène dans son village du Fouta au Sénégal, comme s’il reprenait la vie là ou le premier film l’avait laissé. Pourtant, le ton n’est pas le même, un brin plus joyeux et revendicatif. On apprend que les femmes du village ont créée une association, pour répondre collectivement à leurs besoins, amplifié par le manque à gagner des hommes qui sont partis. Elles ont planté un jardin pour subvenir aux besoins du village, et de ses hommes. Mais ces derniers ne leurs facilitent pas la tâche, à en croire leur discours. « Les temps ont changés » nous disent elles en revendiquant leurs droits. A travers la caméra, le réalisateur devient le confident des femmes du village, mais aussi le médium qui leur permettra de porter leurs revendications jusque devant le chef du village. Le narrateur devient tantôt acteur de ce nouveau documentaire, légitimé par son premier film et surtout par son histoire d’enfant du village. C’est comme si ce père absent lui donnait le droit de libérer la parole de ces femmes. Et il le fera avec brio. Je ne vous en dirait pas plus, pour vous laisser savourer la suite.

Vous pouvez regarder le film en entier sur le site de TV5 Monde :


TV5 Monde Diago film

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Commentaires

Serge
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Excellent article ! écoute, moi j'ai cherché et continue de chercher "Pirogue" du réalisateur sénégalais... le problème aussi du cinéma africain c'est la distribuition, l'absence d'une adaptation aux réseaux... que de problèmes , pourtant il y a de belles productions.
Merci pour le doc...

pascaline
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Merci Serge. Je suis d'accord avec toi, je trouve dommage que les cinémas ne diffusent pas plus ces films.Mais même la biographie de Mandela, n'a été diffusé que deux semaines en France... Je n'ai pas vu "Pirogue", à part des extraits dans une expo au Mucem de Marseille, sur les trajectoires migratoires. Un autre film documentaire qui pourrait t'intéresser, par une réalisatrice algérienne, dans la même veine : https://www.youtube.com/watch?v=w8jLzintCz0.

Stéphane Huët
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Merci pour ce billet qui fait découvrir Alassane Diago. Je vais tout de suite regarder son documentaire.