Sarah, la femme d’Abraham

Il était une histoire à l’origine des trois religions monothéistes mais dont (presque) personne n’a entendu parler. C’est l’histoire de Sarah, celle qui est, dans la Torah, la Bible et le Coran, l’épouse d’Abraham (Ibrahim pour les musulmans), le père des croyants. Elle lui donna un fils, Isaac, alors que tout le monde la croyait stérile. Dans ce premier volet de la trilogie « La bible au féminin », Marek Halter présente une héroïne fière et passionnée qui vous embarquera avec elle au coeur de ses souffrances. 

L’enfant rebelle

L’auteur revient sur la jeunesse de Sarah, qui s’appelait alors Saraï, fille des puissants d’Ur, peuple polythéiste que l’on situe dans la Mésopotamie antique (Irak actuelle).

Le roman s’ouvre sur la frayeur de celle qui, toute jeune fille découvre le « sang des femmes » entre ses cuisses. Sa réaction est à la hauteur des épreuves qui l’attendent, puisque ce sang signifie par tradition que la jeune fille est en âge de se marier avant la prochaine lune.

En dépit de son amour immense pour son père, Ichbi Sum-Usur, elle ne peut se résoudre au destin qu’il lui a choisi, celui d’épouser un fils de puissant dont elle ne sait rien. Au cours de la cérémonie de mariage aux rituels surprenants et aux chants explicitement sexuels, l’enfant qu’elle est encore prend peur et devine qu’elle ne sera jamais heureuse aux côtés de cet homme.

Sa fuite l’emmène au-delà des portes de la ville, où elle rencontre le jeune Abram (qui deviendra Abraham). Après un retour forcé auprès des siens, elle ne cesse de penser à lui et au baiser qu’ils n’ont pu échanger. Elle fuit une seconde fois, pressentant un nouveau mariage, et dans un acte de désespoir, va trouver chez une Kassaptu (sorcière), une « herbe de sècheresse » qui la rendra stérile.

La Sainte Servante d’Ishtar

L’absence de règle justifie d’élever la jeune Saraï au rang de Sainte Servante d’Ishtar, déesse de l’amour et de la sexualité. Par cette fonction, elle devient également gardienne du temple, et effectue de sensuelles danses du taureau, devant les cornes de l’animal en furie et les yeux des jeunes guerriers, pour leur donner la force d’aller au combat. C’est dans ce temple que des années plus tard, Abram, son amour de toujours, viendra la chercher pour lui proposer de devenir sa femme et de fuir avec lui.

Déplacement de Sarah et d’Abraham d’Ur en Egypte vers 2100 avant notre ère. Crédit :Profs d’Histoire lycée Claude Lebois – Canalblog

L’épouse

Une nouvelle vie commence pour celle qui s’appelle désormais Sarah, épouse d’Abraham son bien-aimé. Elle apprend la vie simple au point de ne plus se distinguer des autres femmes nomades, bien que sa grande beauté et l’amour d’Abraham ne cessent de susciter leur jalousie. Mais Abraham, affirme qu’il n’existe qu’un seul Dieu, Yhwh, et que celui-ci lui a parlé. Accusé de renier ses ancêtres, il est contraint de quitter sa famille avec Sarah et tous ceux qui le croient.

Leur destin les conduit jusqu’à Canaan (Israël & Palestine actuelle), puis jusqu’en Egypte lors des années de sècheresse. Sarah est alors livrée à pharaon par Abraham qui la présente comme sa sœur pour sauver son peuple. A cet instant de l’histoire, on souffre en même temps que l’héroïne, on se révolte avec elle, et on prend surtout toute la mesure de la force de cette femme, dont la beauté ne se fane jamais, à son grand désespoir.  Elle va jusqu’à proposer sa servante, Hagar à Abraham pour lui faire un enfant : Ismaël, le fils que son Dieu lui a promis. Mais la jalousie la ronge et la douleur de ne pas pouvoir enfanter la renferme sur elle-même au point parfois d’en perdre la raison.

La mère

S’ « adressant sans honte au Dieu Très-haut d’Abraham », elle finit par être exhaussée et donne naissance à Isaac, le fils qu’elle n’attendait plus et qui pourtant la comblera de joie jusqu’à son dernier souffle, lorsqu’elle pria « le Dieu Très-haut que l’on se souvienne longtemps de Sarah et d’Abraham » (Marek Halter).

Tombeau des patriarches à Hébron. Crédit photo : Wikimedia Commons

La tradition dit que Sarah et Abraham reposent au tombeau des patriarches (mosquée Al-Ibrahim pour les musulmans) aux côtés d’IsaacJacob, et leurs épouses Rébecca et Léa. On dit que c’est ici qu’était la grotte de  Makhpéla, où Abraham fit élever le tombeau de Sarah selon ses dernières volontés pour bâtir « la première maison de tout un peuple » (Marek Halter).

Au-delà de cette incroyable histoire d’amour, j’ai découvert une femme qui a transcendé toutes les règles sociales pour épouser son homme qui n’était alors qu’un mar.Tu (un homme-sans-ville) mais dont le destin bouleversa celui de l’humanité. J’ai été touchée par l’enfant qui ne peut se résoudre aux règles sociales de son rang mais aussi par la femme qui, malgré l’amour inconditionnel de son époux, ressent dans ses tripes le malheur de ne pas pouvoir enfanter. Entre spiritualité et humanité, ce roman écrit à la première personne donne vie au personnage de Sarah auquel on s’attache au fil des pages, en nous faisant oublier par sa modernité, l’époque à laquelle il se réfère.

 

 

The following two tabs change content below.
Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

Derniers articles parpascaline (voir tous)

4 réflexions au sujet de « Sarah, la femme d’Abraham »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *