Trésors de l’islam en Afrique : métissage culturel entre la péninsule arabique et le continent noir

L’Institut du Monde Arabe nous fait voyager entre les terres d’origines de l’islam et ses terres d’adoption en Afrique subsaharienne, dans l’exposition « Trésors de l’islam en Afrique : de Tombouctou à Zanzibar », jusqu’au 30 juillet 2017. Je partage avec vous mes découvertes en déambulant au milieu d’œuvres toutes plus belles et plus colorées les unes que les autres.

Aïda Muluneh, City life, 2016. Crédit photo : Pascaline

Commerces et diffusion de l’islam

Né en 622 dans la péninsule arabique, l’islam se diffuse dès le VIIIème siècle en Afrique subsaharienne grâce au commerce et à la construction progressive d’un réseau de marchands dépassant les frontières des pays et des continents. Des alliances économiques aux pactes politiques, en passant par la guerre sainte (jihad), les facteurs de cette expansion sont nombreux et complexes, dépassant les clichés contemporains d’une religion sanguinaire.

Dans le sillon de ces échanges, un processus d’appropriation de la religion par les sociétés africaines se développe d’est en ouest du continent, amenant parfois au syncrétisme avec des pratiques traditionnelles ancestrales. L’idée selon laquelle l’islam a été imposée unilatéralement sur le continent est donc déconstruite au fil de l’exposition. Quelles que soient les origines de l’expansion de l’islam, il y a eu un véritable métissage culturel et la construction d’un patrimoine islamique propre à l’Afrique subsaharienne vivace, encore aujourd’hui.

Photographie d’Hara (Ethiopie). Crédit photo : Pascaline

De Tombouctou à Zanzibar

Des centres intellectuels pour l’enseignement de l’islam apparaissent comme à Tombouctou (Mali) et des cités musulmanes émergent comme à Harar (Ethiopie), souvent qualifiée de quatrième ville sainte de l’islam. Dans les ports d’Afrique de l’est, des intermariages sont conclus entre des musulmans étrangers qui s’intègrent à la société locale. Une culture Swhailie émerge alors dans cette région, caractérisée par la pratique de l’islam, le commerce et de développement de villes swahilies dont les plus grandes deviennent de véritables cités-Etats.

En Afrique de l’ouest, l’islam s’est développé par les routes sur lesquelles transitaient l’or et les esclaves. Les marchands puis certains rois du Sahel adoptent officiellement la religion, donnant naissance aux premiers pouvoirs musulmans dans la région. L’histoire du sauvetage clandestin des manuscrits de Tombouctou, patrimoine culturel témoignant de l’effervescence sous le royaume Songhaï (15-16ème siècle) émeut les visiteurs qui peuvent découvrir quelques pièces historiques. En 2012, il aura fallut déployer un élan d’ingéniosité pour faire sortir les précieuses reliques dans un Mali sous occupation jihadiste. Mais la religion ne doit pas être assimilée à ces pratiques extrémistes et marginales, c’est le message distillé tout au long de l’exposition et illustré par des pièces d’époque, qui témoignent de l’histoire et des pièces plus récentes.

Bannières calligraphiées de Rachid Koraïchi. Crédit photo : Pascaline

Confréries et pratiques

L’islam est divisé en différents courants, parmi lesquels le soufisme trône en bonne place en Afrique subsaharienne. Cœur spirituel de la tradition islamique, le soufisme est structuré en confréries (tarîqas) qui diffusent les enseignements d’un maitre (cheikh). Il existe autant de confréries sur le continent (Shâdhiliyya, Qâdiriyya, Tijâniyya, Mouridiya…) que de pratiques religieuses.

Du dikhr (récitation des noms de Dieu) en passant par le pèlerinage sur les lieux des tombeaux des saints (Fès-Maroc- pour les Tijanes et Touba- Sénégal- pour les mourides) ou encore la récitation du chapelet, les gestes du sacré prennent de multiples formes. Ils sont tout autant d’indices sur la multitude de facettes que revêt l’islam en Afrique. Mais dans l’océan indien comme en Afrique de l’Ouest, les confréries se posent comme des garants des valeurs traditionnelles et s’opposent à la présence européenne durant la période coloniale. Souvent présentes sur tout le continent, elles participent aux échanges diplomatiques avec le monde arabo-musulman. L’emprunte de ces relations se retrouve également dans des productions matérielles issues de siècles de métissage culturel et artistique.

Khanga : tissus Swahilis avec des proverbes. Crédit photo : Pascaline

Diversité des arts islamiques

Que ce soit par l’architecture, la calligraphie, la broderie, la joaillerie ou toute autre sorte d’artisanat, des spécificités propres aux régions africaines islamisées émergent, mêlant inspirations du monde arabe et traditions locales. Des alphabets nouveaux combinant diverses écritures, des « gris-gris » en cuir renfermant des textes sacrés, des fleurs de lotus des bijoux swahilies inspirées de l’art islamique et indien, ainsi que des œuvres plus contemporaines tels que les photographies (portraits) d’Omar Victor Diop et les bannières calligraphiées de Rachide Koraïchi…

Les exemples de ces influences mutuelles des arts et cultures d’islam sont multiples et déclinés tout au long de l’exposition, pour le plus grand bonheur du visiteur à la fois dépaysé et émerveillé par la palette de couleurs chatoyantes qui s’offre à lui. Puissent-ils venir témoigner de la beauté d’une Afrique plurielle et magnifier les cultures d’islam du monde entier, dans les yeux du plus grand nombre.

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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