Ce que disent les gens… sagesse des contes de Nasreddine

Il y a quelques jours,  une amie m’a raconté une histoire : celle du vieillard et de l’âne. Je me suis rendu compte que son héros, Nasreddine-Hodja, était un personnage emblématique de l’Asie Mineure à l’Extrême-Orient, célèbre pour ses «subtiles âneries». Ses histoires vieilles de plusieurs siècles sont porteuses d’enseignements encore très actuels. Elles m’ont amenée à quelques réflexions philosophiques sur ma vie quotidienne.

En voyageant, j’apprends énormément. J’acquiers de l’expérience et un peu plus de sagesse et de recul quant à la manière dont fonctionne le monde. Je découvre que ce qui est une vérité à un endroit ne l’est pas forcément à un autre…

La position d’étranger m’incite à la réflexion. Comme je vis dans une culture qui n’est pas la mienne avec des codes différents des miens, j’ai toujours l’impression de ne pas faire les choses comme il faut, où comme on les attendrait de moi.
J’ai eu à faire face à des réactions inattendues qui m’ont parfois remise en question.
Au travail d’abord, j’ai réalisé que le téléphone arabe ne fonctionne pas qu’au Moyen-Orient, mais qu’il est aussi courant ici. J’ai compris que mes collègues étaient friands des histoires personnelles des uns et des autres, en particulier celle de jeunes femmes célibataires et qu’ils recouraient à toutes les techniques pour arriver à avoir le moindre détail croustillant ! Ici, c’est comme sur Facebook, on expose en public et sans réserve le statut matrimonial ou relationnel, les liens d’amitié, les activités favorites et même ce que chacun a mangé le midi ! La notion de vie privée n’existe pas vraiment et cela parait étrange lorsque je me réserve le droit de garder pour moi mes histoires.
En amitié, j’ai vu des personnes me tourner le dos sans vraiment comprendre la source du conflit. J’ai appris que la fierté avait une place essentielle dans les interactions sociales et que si quelqu’un avait des griefs contre moi, c’était sans doute que sa fierté avait été écornée !
En amour, j’ai rencontré des hommes qui m’ont fait beaucoup de promesses sans lendemains. Je me suis étonnée de voir que de parfaits inconnus pouvaient me déclarer leur flamme avec des « je t’aime » enflammés. Puis j’ai compris qu’on dit « je t’aime » comme je dirais « tu me plais ». Car dans l’idée de l’Amour avec un grand A, on doit dire cela pour séduire une fille et lui promettre le mariage pour avoir une relation avec elle. Les apparences ont un grand rôle et la transparence et la sincérité dans la relation n’interviennent souvent que lorsque les deux protagonistes sont mariés. Le mariage tient une grande place pour la reconnaissance sociale, mais aussi dans le sens où il est la seule véritable relation reconnue et prise au sérieux.
En échangeant avec mes amis sur mes questionnements et mes difficultés, j’ai réalisé que la foi est beaucoup plus présente ici qu’en Europe et qu’elle donne aux gens une force mentale que l’on n’a pas forcément chez nous et un recul sur la vie. Ce sont eux qui m’ont donné l’énergie nécessaire pour faire face à toutes ces situations.

Ainsi, une amie m’a raconté une histoire en fait très connue sous le nom des « contes de Nasreddine ». Elle m’a touchée, car elle est porteuse d’une belle morale et elle m’a été d’une grande aide.

J’ai donc décidé de partager ici le lien vers le conte original «Nasreddine, son fils et l’âne », que vous pourrez lire en entier en suivant le lien ci-dessous. L’histoire a également été chantée par Youssou Ndour dans sa chanson « Gorgui ».

Source : Contes et histoires de Nasr Eddin Hodja par Miguel Fernandez www.icamge.ch

Source : Contes et histoires de Nasr Eddin Hodja par Miguel Fernandez
www.icamge.ch

Djeha-Hoja dit un jour à son fils, alors qu’il atteignait sa douzième année :

– Demain, tu viendras avec moi au marché.
Tôt le matin, ils quittèrent la maison. Djeha-Hoja s’installa sur le dos de l’âne, son fils marchant à côté de lui. A l’entrée de la place du marché, Djeha-Hoja et de son fils furent l’objet de railleries acerbes :

– Regardez-moi cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est confortablement assis sur le dos de son âne et il laisse son jeune fils marcher à pied. Djeha-Hoja dit à son fils :

– As-tu bien entendu ? Demain tu viendras encore avec moi au marché ! […]

Source : « Nasreddin, son fils et l’âne »http://nasreddinhodja.blogspot.sn/search/label/La%20valeur%20des%20gens

 

J’ai alors compris, comme le fils de Nasreddine, que « quoi que je fasse dans ma vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer. »
Quels que soient les époques et les lieux, il est certaines réactions qui sont mues par les mêmes logiques et les contes sont là pour nous le rappeler.
Cette histoire et mon amie m’ont enseigné quelques principes que je m’efforcerais désormais de suivre :
Ne plus écouter les gens qui parlent à tors et à travers
– Ne pas laisser les autres me changer à cause de cela
– Faire mon maximum dans tout ce que j’entreprends pour être en accord avec ma conscience
– Ne me laisser impressionner que par les gens exemplaires et essayer de l’être au maximum pour pouvoir impressionner à mon tour.

Vous pouvez en savoir plus sur Nasreddine-Hodja et écouter ses histoires humoristiques et leur rôle dans l’enseignement spirituel dans l’émission suivante.

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

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