13 mars 2017 - pascaline

Exposition : l’Afrique des routes

L’Afrique… Vaste sujet pour un terme englobant qui recouvre de multiples réalités. Sujet à bien des controverses, le continent africain intrigue autant qu’il fait parler. Mais connaissez-vous vraiment l’Afrique ? Vous qui pensez à la misère et à la guerre à chaque fois que l’on prononce ce mot… Certainement mal, moi aussi d’ailleurs. Car l’histoire que nous avons apprise était biaisée, floutée, incomplète sur ce continent au milles visages. Pour remédier à cela, dimanche dernier je suis allée visiter l’exposition « L’Afrique des routes » au musée du Quai Branly et je vous livre ici mes impressions.

L’Afrique, berceau de l’humanité

L’exposition commence sur un constat : l’être humain vient de l’Afrique, le continent qui a la plus vieille histoire du monde. Les preuves se trouvent là, sous nos yeux, dans la salle d’exposition. L’Afrique, berceau de l’humanité n’est donc pas un mythe…

« A partir de 300 objets et 5000 ans d’histoire de ce contient, l’exposition montre toute sorte de routes : fluviales, commerciales, humaines, esthétiques, religieuses, coloniales, intellectuelles… » (Source : RFI)

Commerçants, missionnaires et scientifiques ont sillonnés le contient et entraîné des brassages culturels très anciens, alors que les relations avec les autres continents (Asie, Europe…) existaient déjà. Un autre préjugé tombe ici, celui selon lequel l’Afrique serait un continent isolé, laissé pendant longtemps en marge d’un monde qui avançait. En fait, je comprends que de nombreuses découvertes et inventions ont eu lieu en Afrique, avant même qu’elles n’émergent en Europe où ailleurs.

J’apprends aussi que de nombreux royaumes ont marqués l’histoire de l’Afrique et du monde, par leur grandeur et leurs peuples : le royaume Mossi au Burkina-Faso, le royaume du Bénin au Nigeria actuel, le royaume de Ségou au Mali, le royaume du Dahomey au Bénin actuel…​

Les routes des empires. Extrait de l’exposition, Quai Branly

Grands leaders africains

Je découvre des personnages emblématiques du continent, auxquels de nombreux artistes ont rendu hommage, de grands rois et reines tels que La reine de Saba, dont je vous ai déjà parlé : de son histoire d’amour avec le roi Salomon naquit Menelik 1er, premier d’une dynastie de grands rois juifs en Ethiopie. Bien plus tard, en 1325 il y eu l’empereur malien Kankan Moussa qui parti en pèlerinage à la Mecque, accompagné de milliers d’hommes. Il y dépensa des quantités d’or incroyable et resta dans les mémoires des chroniques arabes. L’empire du Mali était à son apogée. Il est considéré comme l’un des hommes les plus riches de tous les temps et sa déchéance reste encore aujourd’hui mystérieuse.

Au moment des luttes pour les indépendances, ils furent nombreux à se battre contre l’envahisseur. De 1816 à 1828, le règne de Chaka Zulu en Afrique du Sud, fondateur du royaume des Zoulous a marqué les esprits par sa lutte contre l’avancée coloniale et l’unification de la région, constituant un sentiment nationaliste dépassant les clivages ethniques (Source : Universalis).

En 1957 Kwame Nkrumah, après une victoire écrasante aux élections législatives au Ghana (Gold coast) força les britanniques à concéder l’indépendance du pays qui changea de nom à ce moment là. Son discours panafricaniste a inspiré de nombreux autres leaders africains.

Souvenirs africains

Petit à petit au fil de la visite, je fais le rapprochement avec les lieux que j’ai visité sur le continent. Ici on me parle de la Nubie en Haute-Egypte, dont la construction du barrage d’Assouan par Nacer inonda une partie des témoignages de cette culture. Je me rappelle d’une visite au musée de la Nubie dont le délabrement témoignait de l’abandon de cet héritage par le gouvernement égyptien. Un peu plus loin, je lis l’histoire de ces familles métisses de la bourgeoisie saint-louisienne et je pense immédiatement aux Signares et à leurs maisons à haut balcons. J’apprends aussi que le général Fadherbe, qui donnera son nom au célèbre pont de Saint-Louis créa, en 1857, le corps  des tirailleurs sénégalais. Ils mèneront de nombreux combats pour la France, souvent en premières lignes, au nom de la colonisation. Pourtant la reconnaissance et le devoir de mémoire tarderont à venir pour ces combattants dans une injustice de l’Histoire que l’on a tenté de « blanchir ». Plus j’avance dans l’exposition, plus je ressens mes lacunes sur une Histoire dont j’ignore presque tout où plutôt dont je n’aurais eu qu’une seule version.

La période sombre de l’esclavage me ramène à la maison des esclaves de l’Île de Gorée, et au discours parfois controversé de son conservateur du patrimoine, Joseph Ndiaye, qui explique aux visiteurs le commerce triangulaire avec une émotion teintée de théâtralité.

L’évocation de la guerre du Biafra au Nigéria dans les années 1960 me renvoie au magnifique livre de Chimamanda Ngozi Adichie, « L’autre moitié du soleil ». La rébellion Ibo du Sud Est du pays fut réprimée dans le sang après avoir déclaré l’indépendance de la République du Biafra. Alors que la France soutenait discrètement les rebelles, le Royaume-Unis, l’Union soviétique et les Etats-Unis ont soutenu le gouvernement Nigérian. Le conflit fut plus d’un million de morts et marqua les esprits occidentaux et amorça un tournant dans l’action humanitaire avec l’avènement des « French Doctors ».

Il est impossible de faire le tour de tous les sujets abordés dans l’exposition qui apparaît plutôt comme un point de départ pour comprendre l’histoire de l’Afrique et de ses routes, pour questionner, approfondir, discuter. Plus de trois heures de visites et ce sont des univers tout entier qui s’ouvrent à moi, me donnant envie d’en savoir plus sur l’histoire de ce contient et de voyager… encore et encore.

A la fin de la visite, la question des vagues de migrants venus notamment d’Afrique jusqu’en Europe parfois au péril de leurs vies est évoquée. De nouvelles routes se sont formées, creusées par les inégalités, les guerres et les blessures d’un continent trop souvent malmené. En espérant que cette exposition contribue à forger un nouveau regard sur ces histoires de vie et sur l’héritage culturel d’une Afrique millénaire.

Crédit photo: Pascaline. Quai Branly

 

 

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Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

Chronique sénégalaise

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