Une peinture de Khadija

24 janvier 2017 - pascaline

Khadija, première épouse du prophète Mahomet

Après vous avoir présenté le personnage fascinant de la Reine de Saba, je poursuis mes lectures dans l’univers de Marek Halter. Je vais vous parler ici d’une femme dont le destin à changé la face du monde : Khadija bint Khuwaylid. Elle fut une riche marchande mecquoise, veuve qui épousa en seconde noce Muhammad Ibn Abdallah. Il était à l’époque appelé un « homme de rien », mais deviendra le dernier prophète de l’Islam…

Couverture du livre de Marek HalterKhadija était une riche marchande de la Mecque qui dirigeait d’une main de maître les affaires léguées par son défunt mari. Elle était respectée de tous, par le rang qu’il avait tenu dans la citée, mais aussi par la place qu’elle avait su gagner avec respect, dans une société où les hommes décidaient. Ainsi, eux seuls étaient autorisés à siéger à la mâla, communauté des riches marchands de la ville. Malgré son rang et le respect qu’elle inspirait, Khadija ne pouvait pas déroger à la règle, et lorsque le perfide Abu Sofyan lui proposa le mariage ou la guerre, elle dût se rendre à l’évidence qu’il avait raison sur un point : il lui fallait se remarier.

Mais ce qu’elle tût à tous, c’est qu’elle brûlait d’amour pour le jeune Muhammad, ce jeune caravanier qui travaillait pour elle, depuis le premier jour où elle l’avait vu. L’évidence se révéla à elle peu à peu, même si elle le chassait d’abord de ses pensées. Elle, la saïda Khadija pouvait-elle épouser cet « homme de rien », pauvre et illettré, qui était beaucoup plus jeune qu’elle ? Que diraient les riches clans de la Mecque ?

Elle fut finalement la première à croire en lui, et son amour pour lui le porta jusque dans les rangs des hommes les plus respectés de la Mecque. La sagesse de Muhammad fit le reste.

Un profond respect et une admiration mutuelle ponctuèrent leur amour, leur permettant d’affronter vents et marrées ensemble, dans un soutien l’un envers l’autre qui demeura sans faille jusqu’à son dernier souffle.

Dans ce récit historique Marek Halter dépeint le portrait d’une femme d’exception au caractère de feu qui apprit l’humilité auprès de son jeune époux, alors qu’elle lui apportait sa fougue et sa force.

Son histoire nous fait partager les rêves et les angoisses de Khadija tout en retraçant les événements importants de la Mecque et de la Ka’bâ, son sanctuaire. Toute cette histoire constitue les fondements de l’Islam et nous explique aussi le contexte dans lequel est née cette religion. Les croyances en divers idoles, les rivalités entres clans, l’esclavagisme, l’absence de parole publique pour les femmes étaient les réalités de cette époque qu’il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui. Mais l’impuissance des hommes faces aux catastrophes telles que les épidémies, la sécheresse ou les inondations transformèrent peu à peu les habitants de la Mecque qui n’avaient pas fui et leurs croyances.

A travers les questionnements de Khadija, on comprend peu à peu son cheminement spirituel et celui de son époux, qui sont intimement liés. Comment croire en des dieux qui les ont abandonnés ? Quelles conséquences peuvent avoir la destruction de la statue d’une déesse en albâtre ? Comment interpréter les signes du destin ? Comment faire face à la perte d’un enfant ? Comment être une femme forte tout en respectant son époux devant les hommes de la citée ? Quelle est l’histoire des « peuples du Nord » qui croient au Dieu unique ? Quelle est l’histoire de la pierre noire et du pèlerinage à la Mecque ? Quelles sont les légendes racontées à ce sujet ? Comment Ibrahim a découvert la source Zamzam (que les pèlerins ramènent aujourd’hui à leur retour de la Mecque) ?

Étrangement, en refermant la dernière page de ce livre, j’ai eu la certitude que les tiraillements de Khadija me touchaient car ils ne m’étaient pas si étrangers. Elle essayait de rester forte dans les épreuves de la vie, mais n’était pas moins touchée par le doute et l’indignation face aux injustices, la peur de perdre les êtres aimés ou de les décevoir, le manque de ne pas les avoir à ses côtés, la volonté de rester digne tout autant que d’être juste, de plaire à son homme sans s’oublier, de protéger sa famille de l’adversité et des dangers, d’aider les autres tout en se préservant, de construire et consolider son empire sans devenir égoïste et sans finir seule… J’ai alors compris que cette femme au destin incroyable pouvait être un exemple pour nous toutes car il y a certaines réalités de femmes qui ne changent pas, quelque soit le lieu où l’époque…

The following two tabs change content below.
Apres avoir terminé mes études en Economie Sociale et Solidaire, j'ai décidé de voyager pour aller voir ce que représentent les notions de développement, de bonne gouvernance ou encore de cohésion sociale au Sud de la Méditerranée, en Egypte. Entre Médina et Belle Etoile représente ces ponts tissés entre les médinas (quartiers anciens des villes du Maghreb et de certains pays d'Afrique) du Sud, et les villes du Nord, mais aussi entre le passé et le présent, l'Orient et l'Occident. C'est aussi un clin d’œil a la rappeuse marseillaise Keny Arkana et à son tube "Entre ciment et belle étoile".

Chronique sénégalaise Amour / Femme / Histoire / Livre / Orient / Religion /

Comments

  • Ousseynou dit :

    Bonjour Pascaline,
    belle plume que la votre. Tous mes encouragements.
    Ousseynou (Senegal)

  • sabah sabet dit :

    elle etait une femme charitable aui a piti2 de tous les pauvres, elle n’a jamais senti la difference d’age avec avec son mari le prophète mohamed qui l’adorait et la respectait toujours, elle etait le consultateur du prophète et presente un vrai soutien pour lui

  • Antarou dit :

    Qui d’autre peut avoir une écriture aussi somptueuse que futée, aussi pure que vraie si ce n’est une femme qui demeure une voix divine? On y voit une inspiration pareille à celle de ton héroïne.En tout cas tous mes compliments!

  • ABDEL JELIL dit :

    Bel écrit d’une exceptionnelle histoire; Une plume singulière qui exprime , de façon claire, des idées bien conçues.
    Khadija fut exceptionnelle.à tous égards ! Comme disent les arabes, à raison, « derrière tout grand se cache une une dame. C’était le cas de Khadija et Mahomet. N’a-t-il pas dit, en guise de reconnaissance et d’estime : « elle a cru en moi lorsque tous m’ont démenti,; elle a mis à ma disposition ses biens au moment où tous m’avaient sevrés; etc…
    Khadija fut une grande dame qui a eu le privilège d’accompagner un Monsieur exceptionnel pour écrire, avec lui, une page indélébile de l’histoire qui se perpétue depuis bientôt plus de 14 siècles.
    Merci Pascaline d’avoir disposer les mots de telle façon qu’ils riment le mieux et soient d’une simplicité expressive géniale. Votre écrit est TOUT SIMPLEMENT SUBLIME !

    • pascaline dit :

      Merci pour ces jolis compliments. J’ai simplement été inspirée par ce personnage fascinant et cette magnifique histoire d’amour. J’ai également aimé la manière dont elle est racontée, car on y voit Khadija, personnage central du livre, avant que Muhammad ne change la face du monde. C’est donc un avant, qui explique toutefois beaucoup de choses sur l’après… Et on y comprend d’autant plus le rôle que Khadija à joué auprès de son mari mais aussi de la communauté toute entière.

  • Khadija dit :

    Pascaline je vous dis tout simplement shoukran , c mon neveu qui vient de me faire parvenir ce beau résumé sur Khadija mon homonyme , j’ai lu le livre que je garde jalousement , mais votre livre m’a fait revivre ma lecture de ce chez d’oeuvre

  • Rana dit :

    Merci Pascaline pour votre intérêt pour cette grande dame et la précision de vos informations.

    Sans compter la qualité de votre belle écriture.

    Bravo

  • AG TITA dit :

    Merci pour les efforts et encore courage. Voici une lecture limpide, utile et rare de nos jours. Bravo!

  • Sow Amadou dit :

    Merci Pascaline pour cet article et j’invite à ceux qui l’auront lu d’essayer de s’en inspirer .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *