Le jour où je suis devenue féministe

Article : Le jour où je suis devenue féministe
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Le jour où je suis devenue féministe

Crédit photo : https://www.facebook.com/Graffitiuprisings
« Beautiful, despite your fascist standards! « 
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Le féminisme, avant, je le considérais comme un courant de pensée et de révolte un peu démodé, réservé à quelques quinquagénaires aux cheveux courts qui perpétuaient les combats de la révolution de 1968 pour le droit à l’égalité salariale, à la liberté sexuelle, à l’émancipation du carcan familial, au droit au travail… Mais je pensais aussi naïvement que ces combats n’étaient peut-être pas les plus importants, dans notre monde globalisé où les inégalités vont bien au delà de l’oppression du « deuxième sexe ».

Pourtant, à l’heure où l’on célébrait la journée internationale de la femme, un vent de féminisme s’est éveillé en moi.

Des raccourcis souvent maladroits circulent sur le droit des femmes dans le « monde arabe », de l’image de la burqa à celle de la femme soumise qui fait la cuisine et s’occupe des enfants pendant que son mari est sorti.

Quand je suis arrivée en Egypte, la première question que me posaient les égyptiens après les traditionnels : comment trouves-tu l’Egypte? Comment te sens-tu ici?… était la suivante : comment vis-tu le harcèlement sexuel? C’est désormais reconnu dans la société, il existe du harcèlement sexuel en Egypte. Il existe également des femmes et des hommes engagés qui luttent contre mais aussi une «révolte»  des femmes dans le «monde arabe» qui se lit jusque sur les murs de nos rues. Le harcèlement existe aussi à Paris ou à Marseille où l’on peut encore, dans ce pays des droits de l’homme (et de la femme?), se «faire toucher les fesses» dans la rue où dans le bus lorsque l’on est une femme.

Au delà de ces faits qui restent marginaux, (je veux ici rassurer mes parents qui liront cet article !), il y a une tendance qui a retenu mon attention et qui m’a révolté. C’est cette soi disant bienveillance qui est ici répandue, mais aussi largement pratiquée en Europe, ne vous y méprenez pas! Celle qui consiste à placer la femme non pas comme l’égal de l’homme mais comme «complémentaire». Celle qui la met dans une position de «faible», «dominée» voire «incapable» dans ces petits riens qui font son quotidien : on lui porte ses affaires, on lui tient la porte (jusqu’ici de grave messieurs on peut apprécier la galanterie), mais je dis stop lorsqu’on on agit à sa place, on lui paie tout, on s’interpose pour prendre la parole à sa place face à un homme, on lui dit comment s’habiller pour ne pas qu’on l’importune…

On me répondra que c’est pour son bien, que la femme est différente physiquement de l’homme par nature, et que c’est pour la protéger des individus qui auraient des mauvaises pensées en la regardant, en particulier si elle est jeune, étrangère et frêle ; que c’est une preuve d’amitié et de bienveillance que de vouloir la protéger. Je l’entends. Mais vous n’imaginez pas comme tous ces petits riens soulèvent en moi un vent de révolte, et un sentiment d’infantilisation. Messieurs, vous aurez beau me dire que c’est pour mon bien, lorsque vous agissez ainsi (et je ne remets pas en cause votre bonne foi !), lorsque ça me concerne, je me sens comme un petit être fragile, à l’image d’un enfant, qui a besoin d’être représenté parce qu’il n’est pas assez grand pour agir lui même. J’ai l’impression que l’on ne prend pas en compte qui je suis vraiment, que l’on me néglige . Je me sens nulle. Je me sens finalement humiliée, comme lorsque l’on me siffle dans la rue. Je me sens objet. Et je déteste ça.

Je prends conscience qu’il n’est pas question ici d’adaptation culturelle ou de nationalité mais de respect des personnes, des femmes. Et que c’est à moi (à nous?) de poser les limites de ce respect.

J’ai lu, il y a quelques temps un article à ce sujet, dans un magazine de vulgarisation de la psychologie que vous connaissez sans doute, et qui n’est pas sans raccourcis simplificateurs, mais cette idée avait là retenu mon attention :

Les journalistes se posaient la question de savoir pourquoi les jeunes footballeurs, nouveaux riches de notre société du spectacle, allaient voir les prostituées (souvenez-vous du scandale de Zahia, une prostituée devenue célèbre par ses clients de l’équipe de France?) pour subvenir à leurs besoins sexuels alors que toutes les femmes du monde étaient à leurs pieds et qu’ils pourraient y parvenir sans dépenser un «sou». La réponse mettait en avant le désir de posséder la femme : dépenser une somme d’argent pour coucher avec une femme leur accordait la jouissance de la possession de son corps, en tant qu’objet, leur toute-puissance, en somme.

Je comprends maintenant le sens de ces mots. Et pour moi, c’est ici le cœur du problème. Une femme-objet n’a pas le pouvoir de décider ce qui est bien pour elle. Une femme-objet n’est pas en mesure de choisir l’homme, la femme ou même les hommes avec qui elle vivra, rêvera, et/ou couchera.

La considérer ainsi ouvre la porte à tous les abus et autorise toute les violences : harcèlement sexuel (physique ou psychologique), violences conjugales, viol…

Doit-on considérer la femme comme l’égal de l’homme et ne pas hésiter à la placer en ligne de front lors des conflits, ou la faire travailler pendant sa grossesse? Où sont les limites entre féminisme et différences physiques indiscutables ? La femme est aussi et surtout différente de l’homme par culture, parce qu’on lui offre encore des poupées quand elle est encore enfant plutôt que des petites voitures, qu’on lui permet de pleurer plus que les petits garçons car elle, peut être faible alors qu’eux doivent être forts, et qu’on continue alors qu’elle est adulte à la considérer ainsi.

Je vous invite à lire un très beau livre qui a le mérite de reposer des questions que nous avions oubliées depuis longtemps, confortées par des acquis de la «révolution sexuelle» de nos parents, qui n’ont pas évolués depuis (dans le bon sens)…

Il raconte la transformation d’une jeune femme éduquée comme un homme, qui peu à peu, prend conscience de sa féminité et (re)devient femme : « La nuit sacrée », de Tahar Ben Jelloun.

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Commentaires

Serge
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l'idée que la femme est "complementaire" à l'homme vient évidemment de la tradition chrétienne, tu l'auras noté sans doute. Bien entendu, je ne partage pas ce point de vue. la complémentarité pouvant aussi exister entre deux hommes...

Je pense qu'en certaines matières comme les activités physiques il ya des differences de traitement qui s'imposent. Le congé-grossesse est un acquis de la lutte pour les droits de la femme; au Brésil il ya aussi le congé-paternité

Serge
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https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-03-12-Femen

nathyk
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J'ai tant à dire sur ce sujet ! Je suis comme vous outrée par l'oppression faite sur la femme, par les hommes mais par les femmes aussi et parfois même il s'agit de leurs mères... pour dire que c'est très ancrée dans les cultures et les mentalités. Les gens ont l'habitude d'opposer égalité et complémentarité, je me demande bien pourquoi ?!
Car quand on dit égalité, il s'agit bien d'égalité des chances, égalités des droits... quand tu portes des jumeaux (un garçon et une fille) pendant 9 mois, alors le garçon est il supérieur à la fille ? La plupart des chrétiens se basent sur le fait que la femme est issue de la côte de l'homme (et donc qu'une petite partie d'un tout), mais ils oublient une partie… il faut bien lire! Il est bien mentionné en début de la Genèse (au 5e jour) que Dieu créa l'homme et la femme (se qui peut se référer à leurs esprits), puis plus tard il parle de la création du corps de l'homme à partir de la poussière et du corps de la femme à partir d'une côte de l'homme (1 : Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. 1 :28 Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre – puis 2 : Alors le Seigneur Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. 22 le Seigneur Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. 23 Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. 24). Qu'est ce qui fait l'être humain, son esprit d'abord ou son corps ? Bon admettons que certains disent que c'est le corps qui donne à l'être humain son individualité. Les personnes invalides physiques ou mentales de naissance sont ils donc fondamentalement inferieurs et inégales aux personnes nées avec tous les leurs membres et leurs sens ? Le célèbre Oscar Pistorius de l'Afrique du Sud nous a montré que les limites sont dans la pensée de l'homme... Il y a également ce monsieur sans bras, ni jambes : Nick Vujicic qui a accomplit plus que des milliards d'hommes sur cette terre… Sur la force physique, on reconnait une masse musculaire plus forte chez l'homme mais n'occultons pas qu'il faut beaucoup de force et de resistance pour donner naissance à un individu, faire face à cette douleur aux limites du supportable... qui de la femme ou de l'homme vit plus longtemps ? Sans compter le double travail qu’elle abat. Alors c'est qui le plus fort ? Et que fait-on des droits universels de l'homme où nous reconnaissons que tous les Hommes sont nés libres et égaux ? Donc pour moi, il est très clair que l'homme et la femme sont égaux ! Égalités de chance, égalités de droits.
Maintenant pour la complémentarité, est-ce une complémentarité de droits ? Où l'homme a 70% des droits et la femme 30 ou alors 90% et la femme 10, ou alors la femme 90 et l'homme 10 ou bien c'est du 50-50% de droits, je ne comprends pas. Pour moi, tous les 2 devraient avoir 100 % de droits et de chance de s'épanouir ! Je ne vois la complémentarité que sur les rôles car ils ont des rôles plus spécifiques de par leur capacité naturelle, l'un des rôles de la femme serait de porter le bébé dans son ventre et d'en être la 1ere éducatrice, l'un des rôles du mari serait de protéger sa famille... C’est des rôles et taches partagées et non déséquilibrées dont il est question et ceci ne remet pas en cause la notion d'égalité car un médecin et un avocat n'ont ils pas 2 boulots différents ? Ne sont-ils pas complémentaires par leurs actions dans la société ? Mais ne sont-ils pas égaux aussi ? Si on définissait l'égalité par rapport aux rôles, cela reviendrait à dire que l'être humain qui est sans emploi est inferieur à un autre... et ça serait grave ! D'autant plus que nous sommes tous en constant mouvement, et la situation de chômeur pourrait changer d'un moment à l'autre. Et encore la femme a démontré que ce qui lui a fait défaut c'est son manque d'éducation ou plutôt, on lui a très souvent refusé l'accès à l'instruction, ce qui a contribué à son endormissement et la mettre au second place avec des activités réduites à l'entretien du ménage, au service de la famille et surtout des hommes... pour en faire une femme-objet, n'ayons pas peur de le dire ! Mais depuis que les femmes vont à l'école, s'instruisent, découvrent leur potentiel, elles commencent à comprendre qu'elles ont d'énormes capacités et peuvent aussi diriger, entreprendre, réaliser, en plus d’enfanter et de couver. Alors oui l'homme et la femme sont complémentaires dans leurs rôles qui doivent être partagés et équilibrés.
Qu'aurait fait l'homme pour naitre avec un esprit fondamentalement supérieur à la femme ? Dieu serait il devenu injuste ? Ou certains nous dirons que c'est en référence avec l'histoire d'Adam et Eve... J'ai juste une remarque, il est dit que "leur enfant Caïn connut sa femme"... Cette femme était la descendante de qui ? Puisqu'ils n étaient que 3 individus sur terre après la mort d'Abel. Juste pour faire comprendre à ceux qui disent que « la femme est mauvaise » que les écritures ne doivent pas toujours être prises au sens littéral... il y a beaucoup de symbolisme sur lesquels il faut longuement méditer... En bref, il y a tant dire sur ce sujet…
J'espère juste que les femmes vont prendre leur destinée et vont joindre la raison à leur foi, arrêter de perpétuer aveuglement des traditions que ne peuvent plus être adaptées à cette étape cruciale de l’évolution de notre société, faire appel à la justice et au bon sens, dénoncer, revendiquer, travailler pour contribuer à coté de l'homme au progrès de la civilisation humaine.

etiennebilly
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L'homme doit comprendre qu'il vit en complémentarité avec la femme. Il n'est pas juste un Chef pour exercer la soumission et l'autorité mais aussi l'amour et la protection.

pascaline
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Merci Serge et Nathy pour vos liens avec la religion chrétienne entre les traditions et les textes, qui m'ont éclairé sur ce sujet. Ils me laissent penser que les traditions ou les considérations religieuses sont souvent invoquées pour justifier des inégalités qui n'ont en fait aucun fondement. On a ainsi pu voir les débats houleux qu'a suscité l'adoption à l'ONU vendredi d'une déclaration dénonçant les violences faites aux femmes (https://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/805639/Les_pays_musulmans_adherent_a_une_declaration_%22historique%22_sur_les_violences_contre_les_femmes.html)
Mais ce texte montre aussi que les progrès avancent, bien sûr avec le niveau éducation des femmes qui augmente, mais aussi celle des hommes, pour une prise de conscience collective et une volonté de changement. Quant-aux initiatives comme les FEMEN ou les photos chocs de la blogueuse Aliaa Magda Elmahdy qui a posé nu à plusieurs reprises pour dénoncer le régime des frères musulmans, le racisme, le sexisme et le harcèlement sexuel : elles ont le mérite d'attirer l'attention, mais nous permettent douter de leur objectif réel : véritable militantisme ou célébrité? https://www.courrierinternational.com/article/2012/12/21/aliaa-magda-elmahdy-a-nouveau-nue-contre-le-regime-de-morsi

serge
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Nathyk, j'ai particulièrement aimé ton raisonnnement. Je crois meme que la complémentarité est souvent utilisée en ces termes que tu critiques à juste titre - 90/30 - . Il faut beaucoup d'efforts pour que cela change. Et aussi, la complementarité cache l'idée d'associer la femme à un objet qui sert de "prothèse" à l'homme (je pense à la théorie des médias: um médias est une prothèse, en gros un objet). Je déplore aussi un certain machisme que je retrouve même dans plusieurs billet de blog... m'enfin... ça évoluera peut-être.

@ Pasca, sur le groupe Femen, je ne suis pas daccord avec la violence avec laquelle elles agissent. Faire croire que l'exposition du sexe ou de son corps est la seule arme du féminisme est une grave erreur. Foucoult a eu la brillante idée de nous enseigner que le piege ce n'est pas de cacher sa sexualité, mais plutot de la dévoiler, d'en parler. Une fois exposée, la sexualité peut être classifiée et codifiée et donc sujette à domination.

pascaline
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Il est clair que les Femen aggissent sur le meme registre que leurs detracteurs : celui de la surexposition du corps, ma question est de savoir si ce sont elles qui rendent cette domination possible (par l exposition de la sexualite justement) ou les medias, leur audience et tous ceux qui font monter le buzz autour d elles car le sexe fait parler et fait vendre et tous l ont bien compris...
La difference ici est que ce sont ces femmes elles memes qui ont decide de surexposer cette sexualite, en prenant le risque de renvoyer a tous les cliches sur les femmes faciles, les femmes inpudiques, les femmes debauchees... Mais ces cliches ne trouveront-ils pas toujours justifications?
"What do the Muslim Brotherhood, Iran, Russia and the Vatican have in common? They all hate the idea of women being able to decide when they can have sex and with whom." Voici peut-etre le coeur de la question.
https://now.mmedia.me/lb/en/lifeandstyle/the-day-women-got-their-rights

pascaline
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https://sisterarnell.wordpress.com/2013/03/18/tired/